Des femmes se réunissent pour un repas dans un camp pour personnes déplacées à El Obeid, où les équipes de MSF renforcent les capacités locales, offrent des soins et répondent aux flambées de choléra. Soudan, 2026. © MSF
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Soudan : les attaques de drones aggravent la crise à El Obeid

Liesbeth Aelbrecht, coordonnatrice des urgences de Médecins Sans Frontières (MSF) au Soudan, évoque l’ampleur de la crise humanitaire.

Pourquoi El Obeid suscite-t-elle autant d’intérêt en ce moment?

La vaste région du Kordofan, dans le centre-sud du Soudan, reste l’un des principaux foyers du conflit qui ravage le pays depuis trois ans. Plus particulièrement, l’État du Kordofan du Nord est au cœur des hostilités. Sa capitale, El Obeid, accueille près de 100 000 personnes déplacées par les violences ailleurs dans le pays.

La ligne de front se trouve à moins de 40 kilomètres.

En juin, l’ONU a mis en garde contre une possible offensive de grande ampleur des Forces de soutien rapide (FSR), après des informations faisant état d’une mobilisation de leurs troupes. Depuis, les attaques de drones menées par les FSR se sont intensifiées dans la ville et ses environs. Selon l’Organisation internationale pour la sécurité des ONG, le Kordofan du Nord est l’État soudanais qui a subi le plus grand nombre de frappes de drones, avec au moins 141 attaques recensées au 8 juillet. Plus de la moitié d’entre elles ont été enregistrées depuis juin, et la grande majorité a visé El Obeid.

Des personnes déplacées attendent de recevoir des soins à l’hôpital universitaire d’El Obeid. Soudan, 2026. © MSF

Quelle est la situation actuelle dans la ville?

Un véritable climat de peur règne parmi les communautés d’El Obeid. Depuis juin, ces frappes ont visé des écoles, un marché, des stations-service, des dépôts de carburant et des points d’approvisionnement en eau. Elles ont également visé la principale centrale électrique. Cela a perturbé l’approvisionnement en électricité et provoqué des pannes de courant.

Les attaques de drones ont de lourdes répercussions sur les services de base. Elles entraînent également une hausse des prix du transport et du carburant. Pratiquement plus aucune station-service n’est en état de fonctionner, et le prix d’un litre d’essence a atteint près de 21 dollars canadiens. Il peut même être plus élevé sur le marché noir.

Les attaques ont aussi limité l’accès à l’eau potable. Les gens attendent des heures pour aller chercher de l’eau. El Obeid dépend désormais principalement de barrages saisonniers et d’un petit nombre de forages urbains. Dans l’un des camps pour personnes déplacées que j’ai récemment visités, les familles survivent avec à peine plus d’un litre d’eau par personne et par jour. Les latrines sont trop peu nombreuses et la défécation à l’air libre s’est généralisée.

Les gens ont de plus en plus de difficultés à accéder aux soins de santé de base et à en assumer le coût. Les hôpitaux, qui ne disposent pas d’une alimentation électrique de secours fiable, doivent rationner l’électricité et risquent de devoir suspendre des services essentiels. Ils ont besoin de davantage de génératrices, mais dépendent d’un approvisionnement en carburant devenu difficile à assurer.

L’accès aux médicaments reste également un défi majeur et leur coût demeure élevé. L’orientation vers des établissements spécialisés est souvent difficile en raison de l’insécurité et du coût des transports. L’accès aux soins est devenu si compliqué que, lorsque les personnes parviennent finalement à se faire soigner, leur état est souvent déjà grave.

Les attaques répétées compliquent davantage les interventions humanitaires. L’insécurité limite les déplacements des équipes en toute sécurité, tandis que les restrictions sur les permis de voyage et la circulation routière peuvent entraîner des retards supplémentaires.

Les gens fuient-ils vers d’autres régions du Soudan?

Les services d’autobus circulent toujours normalement et la route principale menant hors de la ville reste praticable. Cependant, de nombreuses personnes n’ont pas les moyens de partir ou craignent de se déplacer, car la route est fréquemment prise pour cible. Nous ne constatons pas d’exode des communautés d’El Obeid. Toutefois, si des personnes décidaient de quitter la ville, il faudrait leur garantir un passage sécuritaire, un accès à un refuge et à des soins médicaux chaque fois qu’elles en auraient besoin.

Les gens fuient-ils vers d’autres régions du Soudan?

De nombreuses familles ont du mal à subvenir à leurs besoins de base. Elles vivent dans des lieux surpeuplés et des logements précaires, avec un accès très limité à l’eau et à l’assainissement.

« Après plus de trois ans de violence, de déplacements et de pertes, les gens sont tout simplement épuisés. »

MSF est particulièrement préoccupée par l’accès à l’eau potable, car de nombreuses personnes ont recours à des sources d’eau insalubres. Avec l’arrivée de la saison des pluies, la situation va s’aggraver et le risque de maladies, comme le choléra, va augmenter. Fin mai, les premiers cas de choléra ont été signalés dans l’État voisin du Kordofan Occidental. Dans le Kordofan du Nord, des dizaines de cas présumés de choléra ont depuis été signalés. Cette situation fait sérieusement craindre que l’épidémie ne se propage dans cet État. Les taux de malnutrition sont déjà élevés, surtout chez les enfants, ce qui rend les communautés plus susceptibles aux maladies.

La récente escalade place une fois de plus les personnes civiles au cœur du conflit. Dans l’un des camps, j’ai rencontré une femme qui avait fui la ville d’El Fasher l’année dernière. Elle a marché pendant 21 jours pour atteindre El Obeid. Elle est arrivée pieds nus après avoir été témoin de souffrances inimaginables en chemin. Aujourd’hui, elle se retrouve à nouveau dans une situation extrêmement difficile. Son histoire n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de résilience incroyable. Cette histoire rappelle également l’immense coût humain de ce conflit.

Nous appelons les FSR et les Forces armées soudanaises à protéger les personnes civiles. Elles doivent également protéger les membres du personnel humanitaire qui offrent une assistance essentielle aux communautés.

Comment MSF répond-elle aux besoins?

Nous travaillons en coordination avec les autorités soudanaises pour intensifier la réponse à l’épidémie et les activités d’urgence. Une nouvelle équipe d’urgence travaillera à améliorer l’accès à l’eau potable. Elle soutiendra également le ministère de la Santé dans sa réponse au choléra, entre autres activités.

Entre avril et mai, le Kordofan du Nord a connu une épidémie de rougeole. Celle-ci a été maîtrisée grâce au traitement des cas et à une campagne de vaccination. MSF a soutenu le centre d’isolement de l’hôpital universitaire, assuré le transport des personnes malades depuis les camps et mené des activités de promotion de la santé.

Les équipes de MSF sont prêtes à intensifier leur intervention à El Obeid, ainsi que dans d’autres parties du Kordofan. Les organisations humanitaires ont besoin d’un accès sécuritaire pour offrir une assistance essentielle. MSF se prépare également à l’arrivée d’un grand nombre de personnes déplacées dans l’État du Nil Blanc si la situation venait à s’aggraver.