Malaisie : MSF exhorte la Malaisie à mettre fin au renvoi forcé des Rohingyas au Myanmar
« Cessez de considérer le rapatriement des Rohingyas comme une solution alors que les conditions sur place sont manifestement dangereuses », déclare le Javid Abdelmoneim, président international de MSF.
Malgré des conditions périlleuses, les pressions régionales et un danger persistant, la Malaisie prévoit de renvoyer au Myanmar près de 1 500 personnes réfugiées, dont des Rohingyas, vers le 29 septembre 2026.
Cette décision intervient un an après la Conférence de haut niveau sur la situation des musulmans rohingyas et d’autres minorités au Myanmar, qui s’est tenue au siège des Nations Unies à New York. L’objectif de cette conférence était de proposer un plan « global, innovant et concret » pour une résolution durable de la crise. Cela comprenait des efforts pour créer un environnement propice à un retour volontaire, sûr, durable et digne des personnes rohingyas dans l’État de Rakhine, au Myanmar.
Depuis un an, les communautés rohingyas n’ont constaté que très peu de mesures concrètes et un manque flagrant d’imputabilité. Par ailleurs, le rapatriement forcé n’est pas la solution.
Javid Abdelmoneim, président international de Médecins Sans Frontières (MSF), se prononce sur la question :
« Mon message aux responsables mondiaux est le suivant : cessez de considérer le rapatriement comme une solution alors que les conditions sont manifestement dangereuses. Le Myanmar reste un lieu de violence extrême. Les personnes civiles sont confrontées à des bombardements aériens, des massacres, des recrutements forcés et de graves privations. Les soins de santé, l’approvisionnement alimentaire, l’éducation et les moyens de subsistance sont tous perturbés par le conflit et l’insécurité. »
« Les activités de MSF, comme celles d’autres organisations, ont été considérablement réduites en raison de l’insécurité. Il ne s’agit pas seulement de la capacité à protéger les personnes que l’on soigne et notre personnel des bombes et des bombardements. Il s’agit également de la bureaucratie implacable à laquelle nous sommes confrontés pour obtenir les autorisations nécessaires à notre intervention, alors même que les besoins ne cessent de s’aggraver. »
« Pourtant, nous constatons encore des initiatives dangereuses en faveur du retour. En Malaisie, près de 1 500 personnes réfugiées birmanes risquent d’être renvoyées dans le cadre d’un programme de rapatriement annoncé pour la fin du mois de septembre. C’est profondément alarmant. Soyons clairs. Le retour n’est ni sûr ni viable à l’heure actuelle. Ce sont les personnes rohingyas elles-mêmes qui le disent. Dans notre enquête menée l’année dernière, 84 % des patientes et patients rohingyas au Bangladesh ont déclaré qu’ils ne se sentiraient pas en sécurité s’ils retournaient au Myanmar. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des mesures concrètes. »
« Les retours forcés ou prématurés doivent cesser. Tout retour doit être véritablement volontaire, sûr et digne. Les pays d’accueil doivent protéger les personnes réfugiées et évaluer correctement leurs besoins en matière de protection. Cela implique de déterminer si elles risquent d’être persécutées en cas de retour dans leur pays d’origine et de respecter le principe de non-refoulement. »
« L’accès humanitaire [au Myanmar] doit être élargi et l’assistance doit être maintenue. Il doit y avoir une véritable responsabilisation face aux violences auxquelles continuent d’être confrontés le peuple rohingya ainsi que toutes les autres communautés touchées par le conflit au Myanmar. »
Un an après la conférence, la situation de plus d’un million de Rohingyas reste désastreuse et continue de se détériorer face à l’indifférence de la communauté internationale. Cette situation touche autant les personnes réfugiées dans les camps de Cox’s Bazar, au Bangladesh, que celles qui sont restées dans l’État de Rakhine, ravagé par le conflit.
Dans l’État de Rakhine ainsi que dans plusieurs autres régions du Myanmar, les personnes civiles sont confrontées à une violence extrême. Le système de santé du Myanmar continue d’être mis à mal par la violence persistante. Les fournitures médicales et les médicaments sont souvent épuisés, ne parviennent pas jusqu’aux établissements en raison des violences ou sont purement et simplement bloqués, ce qui perturbe gravement l’accès aux soins de santé.