Aaron* (nom modifié), une personne qui reçoit un soutien en santé mentale à la clinique de MSF à San Pedro Sula, peint un sac en toile à l’occasion du quatrième anniversaire de la clinique. « Ici, tu peux obtenir l’aide dont tu as besoin. » Honduras, 2025. © Fritz Pinnow/MSF
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Aller à la rencontre des communautés LGBTQI+ au Honduras

Un membre de l’équipe de MSF à San Pedro Sula explique pourquoi la sensibilisation est indispensable à l’inclusion des personnes LGBTQI+ dans le système de santé.

À San Pedro Sula, au Honduras, Médecins Sans Frontières (MSF) gère une clinique adaptée aux besoins des personnes LGBTQI+ et d’autres groupes vulnérabilisés qui se heurtent à des obstacles pour accéder aux soins de santé. La sensibilisation communautaire est au cœur du programme de la clinique. Elle contribue à lutter contre la désinformation et la méfiance, résultat de décennies d’exclusion des soins de santé.

Armando Salinas est superviseur de la promotion de la santé chez MSF. Il témoigne des difficultés auxquelles sont confrontées les personnes LGBTQI+ dans les structures de santé au Honduras, et comment son équipe s’efforce de combler ces lacunes. 

Quels sont les principaux obstacles à l’accès aux soins pour les personnes LGBTQI+ au Honduras? 

La stigmatisation et la discrimination constituent les principaux obstacles auxquels les personnes se heurtent lorsqu’elles tentent d’accéder à divers services, y compris l’accès à l’information. Les gens hésitent à s’adresser au [personnel de la santé] par crainte d’être jugés, stigmatisés ou de se voir refuser des services. Cela s’est d’ailleurs déjà produit.   

Dans le domaine des soins de santé à l’échelle du pays ainsi qu’en matière de politiques publiques, il n’existe pas, par exemple, de lois sur l’identité de genre. Ainsi, tous les formulaires et dossiers médicaux sont traités sous le nom qui figure sur la carte d’identité nationale de la [personne]. Les dispositions sont très strictes et exigent qu’y figure le prénom attribué à la naissance. Or, pour les personnes transgenres, ce prénom n’est souvent pas celui avec lequel elles s’identifient, car elles en ont souvent choisi un autre qui correspond mieux à leur identité de genre.  

Autrement dit, dès que j’entre [dans un service public], le personnel ne m’appelle pas par le prénom que j’ai choisi, mais par celui qui figure sur ma carte d’identité nationale. Si je suis une femme trans, on indiquera toujours le genre masculin. Si je suis un homme trans, on indiquera le genre féminin, et non le genre auquel je m’identifie. Et c’est là que commence la différenciation des services. 

Portrait de Armando Salinas, superviseur de la promotion de la santé à la clinique de MSF à San Pedro Sula. Honduras, 2025. © Fritz Pinnow/MSF

En quoi ces expériences ont-elles une incidence sur les enjeux de santé des communautés LGBTQI+? 

Les membres de la communauté LGBTQI+ ont souvent l’impression de ne pas être bien accueillis dans les services de santé. En effet, ceux-ci ne sont pas adaptés à leurs besoins particuliers. Dans le secteur médical, beaucoup de leurs besoins ne sont pas pris en compte. 

Par exemple, certains tests nécessaires pour les personnes susceptibles d’avoir des relations sexuelles autres qu’hétérosexuelles ne sont pas pris en charge. Et c’est précisément ces obstacles qui empêchent les personnes d’accéder aux services. Parce qu’en fin de compte, [elles pensent] : « Je vais être à nouveau victimisée, je vais me sentir jugée et je ne recevrai pas le service que je recherche. » 

Melissa, une personne transgenre, reçoit des soins à la clinique de MSF à San Pedro Sula. En tant que travailleuse du sexe, elle a rencontré des difficultés supplémentaires pour accéder aux soins en raison de ses horaires. « Maintenant, on peut venir n’importe quand. » Honduras, 2025. © Fritz Pinnow/MSF

Comment l’équipe permet-elle aux personnes de se sentir en sécurité à la clinique de MSF? 

Tous les membres du personnel sont hautement qualifiés pour interagir avec des communautés diverses. Ils posent des questions comme « Quel pronom utilisez-vous? » ou « Comment souhaitez-vous que nous vous appelions? »   

Dans la clinique et d’autres établissements, de nombreuses affiches et symboles contribuent à créer un espace accueillant et ouvert. En tant que membres du personnel, nous portons parfois de petits insignes [« Je soutiens la communauté LGBTQI+ »]. Le simple fait de voir l’insigne suffit parfois à faire comprendre que nous sommes une organisation ouverte à la communauté LGBTQI+ et, surtout, que nous menons des activités de sensibilisation. 

Nos formulaires sont également conçus pour tenir compte des prénoms choisis par les personnes. Nous ne respectons pas à la lettre les règlements nationaux qui exigent d’inclure les renseignements figurant sur leurs documents d’identité, comme le nom et le sexe. Au contraire, nous faisons preuve de souplesse et donnons aux personnes la possibilité de se présenter tel qu’elles se perçoivent et se sentent. Elles sont ainsi traitées comme elles souhaitent l’être, et les services de la clinique s’adaptent au mieux à leurs besoins.

L’équipe de promotion de la santé de MSF est prête à partir pour une tournée de sensibilisation hebdomadaire destinée à créer des liens de confiance avec les communautés marginalisées, comme les personnes LGBTQI+ ou travailleuses du sexe. Honduras, 2025. © Fritz Pinnow/MSF

Pourquoi la sensibilisation communautaire est-elle un élément essentiel du travail de MSF à San Pedro Sula? 

Les activités communautaires sont importantes parce qu’elles se distinguent des activités menées par d’autres entités, comme les organismes gouvernementaux, qui ont tendance à être plus fermés. Lors de ces visites de proximité, nous proposons des expériences conviviales et personnalisées. La communauté apprend à nous connaître et reconnaît les membres du personnel de MSF. 

Avant tout, cela renforce le sentiment d’appartenance et de lien avec la communauté. Lors de ces visites, nous offrons non seulement des séances d’éducation, mais aussi un soutien psychosocial. Nous disons aux gens : « Nous sommes là pour vous, nous pouvons vous aider. Faites-nous confiance et venez profiter de nos services, car ils sont là pour vous. » 

Comment la communauté répond-elle à ces visites de sensibilisation? 

Il y a environ un an, alors que j’étais en intervention dans la communauté, nous avons croisé une jeune femme qui semblait mal en point. Elle avait l’air désorientée et très tourmentée. Comme nous le faisons habituellement, nous lui avons remis une trousse [contenant des articles liés à la santé sexuelle et reproductive, que nous distribuons lors de ces visites]. 

Je me suis approché d’elle et lui ai demandé comment elle se sentait. Elle m’a dit qu’elle allait très mal et qu’elle avait passé quelque temps dans une prison pour femmes. Là-bas, on lui avait diagnostiqué un trouble de la santé mentale assez grave : l’anxiété. Elle y suivait un traitement, mais à sa sortie de prison, elle n’a plus reçu aucun suivi. Cela faisait déjà plusieurs mois qu’elle n’était plus sous traitement. 

Je lui ai parlé des services offerts par notre clinique, lui ai expliqué qu’elle pouvait y avoir accès et venir nous voir en toute confiance. Que nous pourrions lui offrir du soutien, d’une manière ou d’une autre. Finalement, elle n’est pas venue. Mais j’ai continué d’échanger avec elle chaque fois que nous faisions nos tournées, pour lui rappeler que ces services étaient disponibles et qu’elle pourrait y avoir accès lorsqu’elle se sentirait prête. Cela a duré environ trois ou quatre mois. Finalement, après une de nos visites, j’ai réussi à la convaincre. Elle m’a dit : « D’accord, j’irai demain. » J’ai ensuite su qu’elle était venue. 

Aujourd’hui, quand je la croise dans la rue, je vois qu’elle va beaucoup mieux. Elle commence à reprendre le contrôle de sa vie. Elle est beaucoup plus heureuse, et chaque fois qu’elle nous voit lors de nos tournées, elle nous dit quelque chose comme : « Merci d’avoir insisté encore et encore, jusqu’à ce que j’y aille enfin. J’y suis allée parce que vous avez réussi à me convaincre que j’en étais capable. » 

Kenia Donaire, agente de promotion de la santé chez MSF, prépare des trousses de santé sexuelle et reproductive qui seront distribuées par son équipe lors des activités hebdomadaires de sensibilisation menées dans les communautés marginalisées, notamment auprès des personnes LGBTQI+ ou travailleuses du sexe. Honduras 2025 © Fritz Pinnow/MSF

Comment l’équipe parvient-elle à rester motivée face à ces défis? 

Il s’agit avant tout de persévérer et d’insister encore et encore, jusqu’à ce que les personnes se rendent à la clinique. Parfois, elles n’y sont pas habituées, ou c’est leur première fois avec MSF. Cela peut être un peu décourageant de faire une tournée, de promouvoir les services auprès de gens qui en ont besoin, mais qui n’en ont pas encore pris conscience. Il s’agit d’apprendre à composer avec ça, mais aussi de voir les choses sous un autre angle : ce sont des décisions très personnelles. C’est à la personne elle-même de chercher à changer sa situation. 

Nous n’avons pas à forcer qui que ce soit à recourir à nos services. Mais nous devons aussi apprendre à aborder les gens, à explorer différentes stratégies et à trouver une manière conviviale et agréable d’établir un lien avec eux. Tout ça pour les amener à se présenter à la clinique de leur plein gré, parce qu’ils reconnaissent la nécessité de se faire soigner. 

Photo de l’équipe de MSF de San Pedro Sula lors des festivités du 4e anniversaire de la clinique, auxquelles étaient conviées les personnes que nous accompagnons, leurs familles et leurs proches. Honduras 2025 © Fritz Pinnow/MSF 

Pour vous, à quoi ressemble l’inclusion des personnes LGBTQI+ dans les soins de santé? 

En tant qu’équipe de promotion de la santé, notre objectif premier consiste à rendre l’information accessible, conviviale et, surtout, compréhensible pour toutes les communautés. Cette information doit susciter un changement de perspective et de paradigme chez les personnes que nous touchons. Nous souhaitons qu’elles puissent comprendre que veiller à sa santé est une démarche personnelle essentielle au bien-être, non seulement physique, mais aussi psychologique. 

Pour l’avenir, nous souhaitons faire en sorte que toutes ces personnes prennent pleinement conscience de la nécessité de s’occuper de leur santé mentale et physique, et de l’importance de suivis médicaux réguliers. Nous voulons qu’elles prennent la décision, en toute connaissance de cause et de leur plein gré, d’accéder aux services offerts dans leur communauté et de les solliciter activement. 

À propos de la clinique de MSF à San Pedro Sula

Depuis 2021, la clinique de MSF à San Pedro Sula offre des soins intégrés aux personnes issues de communautés vulnérabilisées et marginalisées, comme les personnes LGBTQI+, travailleuses du sexe ou survivantes de violence sexuelle.

Nos équipes y offrent des soins médicaux, un soutien en santé mentale et des services en santé sexuelle et reproductive. Ceux-ci comprennent le dépistage des infections transmissibles sexuellement, la vaccination préventive, la contraception ainsi que la prophylaxie préexposition et postexposition contre le VIH. La clinique dispose également d’un laboratoire où s’effectuent des tests rapides, ainsi que d’une ligne d’urgence pour les personnes en situation de crise.