Mexique : à Chalco, du football aux grandes crises humanitaires mondiales
Un tournoi de football local sensibilise les enfants de Chalco aux crises humanitaires à travers le monde.
La Palestine, Haïti, le Soudan, le Mexique et la République démocratique du Congo entament leurs échauffements sous le soleil. En dehors du terrain, la Grèce et le Liban finalisent leurs inscriptions avant la cérémonie d’ouverture. Ce n’est ni le stade Azteca ni Toronto, Los Angeles ou New York. Mais ces enfants, âgés de 7 à 14 ans, vont courir sur la pelouse, enthousiastes et prêts à jouer pour des pays dont ils n’ont probablement jamais entendu parler auparavant. Et ils joueront dans leur propre quartier : Chalco.
Située à 35 kilomètres du centre-ville de Mexico, cette commune de la vallée de Mexico est plus souvent associée à des inondations récurrentes, à des services publics limités et à la violence qu’au football. Pourtant, en ce matin de juin, l’attention se porte sur le ballon et sur les pays lointains représentés par les pieds et les maillots des enfants du quartier.

« Mon fils joue pour le Liban, il porte le maillot rouge », explique Roberto. « Bien sûr, j’ai entendu parler de ce pays, mais je n’en sais pas beaucoup plus que ce qui passe aux informations. C’est sympa de voir ces enfants représenter des pays qui ne sont peut-être pas des puissances du football, mais qui mènent quand même leurs propres combats. » Avant chaque match, l’arbitre explique les règles habituelles d’un tournoi amical : pas de tacles glissés, pas de fautes violentes. Nous sommes là pour nous amuser et jouer.
Vient ensuite une présentation moins courante.
« Aujourd’hui, nous représentons la Palestine, un pays qui a subi les effets dévastateurs d’une guerre brutale touchant des millions de personnes », dis-je dans le micro que l’arbitre vient de me tendre. L’espace d’un instant, je me demande si ce n’est pas trop d’informations pour des enfants. Peut-être que la souffrance à des milliers de kilomètres de là semble moins lointaine dans un endroit où les épreuves font également partie du quotidien. Je poursuis néanmoins : « Chez Médecins Sans Frontières (MSF), nous sommes chaque jour témoins de la résilience des communautés palestiniennes. Plus de 1 700 membres de notre personnel continuent d’assurer des soins médicaux d’urgence malgré des défis extraordinaires. Aujourd’hui, la Palestine est représentée par une équipe qui montre que la solidarité ne se résume pas à des mots. C’est la décision de prendre soin des autres, même dans les moments les plus difficiles. »
« Nous avons dû faire près de deux heures de route et attendre longtemps avant que je puisse être soigné. À l’époque, nous ne connaissions pas MSF, mais maintenant, nous savons qu’ils sont présents dans le quartier. »
– Juan, un participant
Des messages similaires accompagnent les autres équipes : la feuille de taro, symbole d’identité des communautés rohingyas au Bangladesh; le voisinage en Ukraine, qui soutiennent les personnes âgées face aux épreuves de la guerre; les parcours migratoires des personnes haïtiennes et vénézuéliennes; les déplacements forcés et les réseaux de soutien communautaires au Soudan; les expériences de ceux et celles qui traversent la Méditerranée; et le courage nécessaire pour préserver un sentiment de normalité en République démocratique du Congo. Ces présentations ne sont pas suivies d’applaudissements, mais d’un silence respectueux, même parmi les enfants, qui témoignent de la prise de conscience de ces réalités depuis ce petit terrain de football.

Les familles encouragent les joueurs et les joueuses depuis les tribunes alors que les matchs commencent. Juan, onze ans, observe la scène depuis derrière la clôture, vêtu de son maillot d’Haïti, en attendant son tour pour entrer sur le terrain.
« Je me suis cassé le bras l’année dernière », raconte-t-il. « Nous avons dû faire près de deux heures de route et attendre longtemps avant que je puisse être soigné. À l’époque, nous ne connaissions pas MSF, mais maintenant, nous savons qu’ils sont présents dans le quartier. » Il montre fièrement la cicatrice sur son bras, la brandissant presque comme un trophée.
À Chalco, l’accès aux soins de santé, tout comme à de nombreux autres services essentiels, reste un défi. De vastes zones du quartier ne disposent toujours pas de routes pavées ni de systèmes d’égouts. Les possibilités d’activités de loisirs sont limitées, mais l’engagement communautaire, lui, ne l’est pas.
« Quand nous avons appris que MSF allait venir, nous avons tout de suite su qu’il fallait impliquer les écoles », explique Víctor Ortiz, un enseignant qui a aidé à rassembler plus de 60 enfants pour l’événement, en collaboration avec les agents ou agentes de promotion de la santé du projet. « Le sport est un outil fondamental pour transformer notre pays. Nous sommes confrontés à des conditions difficiles ici, et le sport et la culture comptent parmi les meilleurs moyens d’y faire face. »
Autour du terrain, d’autres activités se déroulent tout au long de la journée. Les membres du personnel de promotion de la santé informent les parents sur les services disponibles et l’emplacement des cliniques, tandis que les plus jeunes colorient des mandalas sur le thème du football. Dans un autre coin, des dizaines de mains travaillent ensemble à la réalisation d’une grande fresque murale où les enfants expriment leurs centres d’intérêt, leurs rêves, leurs préoccupations et leurs aspirations. La diversité des personnages peints sur la banderole illustre ce à quoi peut ressembler un espace communautaire partagé. À proximité, les tables de baby-foot suscitent des acclamations presque aussi bruyantes que celles provenant des matchs eux-mêmes.

Haïti remporte son match contre le Soudan aux tirs de barrage. Le Liban marque cinq buts contre le Bangladesh. Mais, au bout du compte, tout cela n’a pas vraiment d’importance.
Les enfants ne se souviendront peut-être pas de tous les détails ni de toutes les statistiques. Ce dont ils se souviendront peut-être, c’est du jour où ils ont joué au sein d’une équipe différente de celle de leur école ou de leur quartier. Ils se souviendront peut-être d’avoir représenté des pays qui se situent bien au-delà de leur horizon quotidien, des endroits où des enfants comme eux courent eux aussi après un ballon de football, quelles que soient les circonstances qui les entourent. Mais surtout, ils se souviendront peut-être du jour où la Coupe du monde est venue à Chalco, et où ils en étaient le cœur.