Une femme emporte son chien blessé après une frappe d’un drone kamikaze russe dans un quartier résidentiel de Mykolaïv, le 17 novembre 2024. Ukraine, 2024. © Serhii Ovcharyshyn/Global Images Ukraine
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Ukraine : la destruction du système de santé n’est pas une conséquence fortuite de la guerre, mais un acte délibéré et calculé

Un rapport de MSF fait état d’hôpitaux endommagés, d’équipes médicales prises pour cibles et d’une détérioration de l’accès aux soins.

Un récent rapport de Médecins Sans Frontières (MSF) rend compte des attaques incessantes menées contre les structures de santé et les équipes médicales en Ukraine. Intitulé No Safe Place to Heal (disponible en anglais seulement), le rapport démontre que ces attaques ne sont pas le résultat fortuit de l’invasion russe. Elles font partie d’une stratégie délibérée visant à détruire le système de santé et ainsi priver les communautés d’accès au soin.

Entre avril 2022 et décembre 2025, MSF a recensé plus de 20 attaques contre des structures de santé associées à nos activités. Quatre hôpitaux dans lesquels nos équipes intervenaient ont été détruits. Sept stations d’ambulances ont dû être abandonnées. Dans six régions, nous avons perdu l’accès à plus de 80 communautés auxquelles nos cliniques mobiles offraient des soins de santé primaires.

Entre février 2022 et fin 2025, l’Organisation mondiale de la Santé a recensé 2 811 attaques contre des structures médicales. Le ministère de la Santé ukrainien rapporte que les forces russes ont endommagé plus de 2 500 établissements de santé au cours de la même période, dont 327 ont été détruits.

« Lorsque des hôpitaux sont frappés à plusieurs reprises, des ambulances prises pour cible par des drones de précision et des membres du personnel de santé tués à bord de véhicules clairement identifiés, ce n’est pas une coïncidence. Il s’agit d’un schéma récurrent. Et derrière les schémas se cache toujours une intention. »

– Robin Meldrum, responsable des programmes de MSF en Ukraine

No Safe Place to Heal (en anglais seulement)

Lisez le rapport

« Ces attaques sont trop systématiques, trop fréquentes et trop précises pour être accidentelles », déclare Robin Meldrum, responsable des programmes de MSF en Ukraine. « Lorsque des hôpitaux sont frappés à plusieurs reprises, des ambulances prises pour cible par des drones de précision et des membres du personnel de santé tués à bord de véhicules clairement identifiés, ce n’est pas une coïncidence. Il s’agit d’un schéma récurrent. Et derrière les schémas se cache toujours une intention. »

Les frappes contre les structures médicales et la peur paralysante d’attaques contre les personnes civiles entraînent des conséquences graves. Elles ont provoqué une crise de l’accès aux soins pour les gens qui ont besoin d’un traitement non urgent ou d’un suivi pour des maladies chroniques.

MSF a mené une enquête auprès de 187 personnes résidant près des zones de front. Elle a révélé qu’entre la période précédant l’escalade du conflit et celle qui a suivi, la proportion de gens ayant déclaré pouvoir accéder aux soins de santé « toujours » ou « la plupart du temps » est passée de 72 % à 35 %. En outre, la proportion de personnes ayant déclaré pouvoir y accéder « rarement » ou « jamais » est passée de 7 % à 35 %.

Cela se traduit directement par des souffrances, voire des décès dus à des pathologies pourtant traitables, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’épilepsie. Elles sont devenues mortelles en raison de l’interruption des traitements et d’un accès tardif aux soins. Les installations de santé qui restent opérationnelles souffrent d’un manque criant de personnel. Dans un hôpital soutenu par MSF à Kherson, le nombre de médecins a chuté de 66 % depuis 2022.

Un pompier et une personne fuient un édifice incendié par des tirs d’artillerie russes dans le centre-ville de Kherson. Ukraine, 2023. © Ivan Antypenko/Global Images Ukraine

Les équipes de MSF dans l’est et le sud de l’Ukraine travaillent sous la menace constante d’attaques de drones à vision à la première personne (FPV). Ces armes permettent aux militaires d’identifier et de frapper des cibles avec précision en temps réel.

Le 29 septembre 2025, un véhicule clairement identifié de MSF a été touché par un drone FPV russe à Lyman, dans la région de Donetsk. À bord se trouvaient deux membres d’une équipe d’un centre de santé soutenu par MSF qui effectuaient une livraison de médicaments. Un des deux a perdu une jambe lors de cette attaque. Or, en vertu du droit humanitaire, le fait d’attaquer délibérément du personnel ou des véhicules médicaux clairement identifiés peut constituer un crime de guerre.

Les équipes de MSF qui travaillent près de la ligne de front et dans un centre de rééducation à Tcherkassy constatent l’impact des frappes de drones sur les activités médicales. Les blessures, jusqu’alors principalement causées par l’artillerie, résultent de plus en plus souvent de tirs de drones. Ceux-ci entraînent des lésions multiples, des taux d’infection plus élevés et une augmentation des cas de septicémie.

Vue d’un immeuble résidentiel en flamme après avoir été touché par une frappe russe à Kostiantynivka. Ukraine, 2025. © Diego Herrera Carcedo/Anadolu

Un membre l’équipe de chirurgie de MSF décrit une personne arrivée aux urgences après une de ces attaques. Elle avait la jambe droite amputée, une fracture ouverte à la jambe gauche et au bras droit, des éclats d’obus dans le bras gauche et de multiples blessures à la poitrine, à l’abdomen et à la tête. Elle a été opérée par cinq médecins spécialisés en chirurgie pendant près de six heures. « La première bataille est celle contre l’hémorragie. Si la personne y survit, la deuxième bataille est celle contre l’infection. Et beaucoup perdent ce deuxième combat. »

Cette année marque le dixième anniversaire de l’adoption de la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette résolution réaffirme sans équivoque la nécessité de protéger le personnel humanitaire et médical, les personnes blessées et malades ainsi que les structures de santé dans les conflits armés.

Afin de démontrer un engagement envers cette résolution, MSF appelle toutes les parties à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire. Nous demandons également aux États exerçant une influence sur la Russie d’user de celle-ci pour exiger la fin des attaques contre les structures de santé. Enfin, nous exhortons le Conseil de sécurité à mener des enquêtes en bonne et due forme et à dénoncer publiquement les attaques contre les structures de santé.