Des personnes migrantes attendent de recevoir des soins médicaux dans une clinique mobile de MSF à Tapachula. Mexique, 2026. © Ángel Rodríguez/MSF
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Mexique : confrontés à l’attente et aux obstacles, des gens d’Haïti rejoignent les caravanes de personnes migrantes

La migration devient la seule issue lorsqu’il n’est plus possible de travailler ou de vivre dans la dignité.

Derly Sánchez Arias
Coordonnatrice de MSF à Tapachula

En l’absence de routes migratoires sûres, les caravanes de personnes migrantes sont des groupes qui se déplacent, souvent à pied, pour tenter de se protéger de la violence. Ensemble, ces personnes sont plus visibles, ce qui réduit certains risques, mais pas tous. Dans l’opinion publique, on les qualifie souvent de « défi logistique » ou simplement de flux massifs de personnes.

Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) sont présentes à Tapachula, une ville de l’État du Chiapas, dans le sud du Mexique, d’où partent de nombreuses caravanes de personnes migrantes. Elles voient des gens qui ont atteint le point de rupture, résultat de conditions de vie intenables qui les ont forcés à chercher une issue.

Ce mouvement prend notamment racine en Haïti, où la crise humanitaire, la violence armée, l’effondrement des institutions et la détérioration du système de santé ont rendu la vie quotidienne insupportable pour beaucoup de gens. Il ne s’agit pas seulement d’instabilité politique : c’est une crise humanitaire. Des familles entières fuient non seulement la pauvreté, mais aussi une violence qui transforme les personnes, en particulier les femmes et les filles, en champ de bataille. Ce qui porte les personnes migrantes, c’est avant tout la quête de sécurité et l’espoir d’un avenir meilleur.

« J’ai passé plusieurs jours sans manger pour payer mon logement. On quitte son pays parce que les choses ne vont pas bien, mais on arrive ici et on se retrouve face à la même situation. »

– Lemeus*, un migrant originaire d’Haïti

Dans la nuit du 20 avril 2026, après des heures de pluie, près de 1 000 personnes ont quitté Tapachula à pied et ont entamé leur périple le long de l’autoroute côtière. Elles n’ont emporté que le strict nécessaire : de l’eau, un peu de nourriture et le peu qu’elles possèdent. Elles ne marchent pas par conviction politique ni pour provoquer les autorités. Elles marchent parce que rester n’est plus une option. Après plus de 25 jours de route, leur objectif reste d’atteindre la ville de Mexico ou une autre ville susceptible de leur offrir la possibilité de travailler et de mener une vie digne.

À leur arrivée au Mexique, cet espoir rencontre un nouvel obstacle : Tapachula. La ville fait office de barrage. C’est une porte d’entrée, mais aussi un lieu de confinement où le temps semble s’être arrêté. Sans accès rapide à des documents comme la Clave Única de Registro de Población, un numéro d’identification officiel indispensable pour travailler, accéder aux services ou obtenir un statut légal au Mexique, des milliers de personnes restent piégées dans des abris informels, sans véritable possibilité de reconstruire leur vie.

Des personnes migrantes attendent de recevoir des soins médicaux dans une clinique mobile de MSF à Tapachula. Mexique, 2026. © Ángel Rodríguez/MSF

Témoignages de personnes migrantes haïtiennes

« C’est le seul espoir qui me reste », explique Djosymar Joseph, un Haïtien qui s’est joint à la caravane. « Si je regarde en arrière, il n’y a aucun avenir. À Tapachula, ne pas avoir de travail ni de papiers, c’est normal. Je ne veux pas revenir à ça. » En Haïti, il avait commencé des études universitaires, qu’il a dû les abandonner pour tenter de se construire un avenir sûr. « Ce qui me fait tenir, c’est d’aider ma grand-mère, qui est restée au pays, et de prendre soin d’elle. Pour moi, elle est tout. Elle est ma motivation. »

Lemeus*, qui était lui aussi étudiant à l’université lorsqu’il a fui Haïti, raconte : « J’ai passé plusieurs jours sans manger pour payer mon logement. On quitte son pays parce que les choses ne vont pas bien, mais on arrive ici et on se retrouve face à la même situation. »

Ces témoignages montrent à quel point leurs souffrances persistent au-delà des frontières. Sans revenu stable, l’accès au logement ou à la nourriture n’est pas garanti. Les barrières linguistiques et l’adaptation à un environnement culturel différent compliquent également les choses.

Entre le début de 2025 et aujourd’hui, les cliniques mobiles de MSF ont offert des soins à plus de 1 400 personnes migrantes. Elles provenaient de sept caravanes, et 95 % d’entre elles avaient plus de 15 ans et 66 % étaient des femmes.

À Tapachula, entre 20 000 et 50 000 personnes sont toujours en attente, selon les estimations d’organisations non gouvernementales locales. Les équipes de MSF ont recueilli des témoignages récurrents : des femmes, des hommes et des enfants qui ont fui la violence et sont confrontés à de nouvelles formes de vulnérabilité et de violence au Mexique.

Cette situation entraîne des répercussions sur la santé physique et la santé mentale. De nombreuses personnes souffrent de maladies chroniques qui n’ont pas été traitées depuis des mois. Les gens vivent dans des refuges surpeuplés, souvent sans accès fiable à la nourriture ou à l’eau potable. De nombreux enfants ne vont plus à l’école et luttent pour survivre dans la rue.

Un membre du personnel de MSF à Tapachula s’entretient avec un migrant haïtien qui a fui son pays en raison des violences et qui a rejoint une caravane de personnes migrantes. Mexique, 2026. © Ángel Rodríguez/MSF

Marcher sous un soleil de plomb avec des ampoules ouvertes n’est ni un choix ni une stratégie. C’est une réponse à l’impasse. À mesure qu’elle avance, la caravane met en évidence les limites d’une réponse qui n’a pas réussi à résoudre la situation.

Continuer à considérer les caravanes comme une menace, c’est passer à côté de l’essentiel. Elles résultent de contextes qui poussent les gens à quitter leur pays et de périples marqués par l’attente, l’incertitude et l’absence d’alternatives viables. Elles sont comme une plaie ouverte, incapable de cicatriser. Elles sont le résultat d’une violence qui force les gens à fuir et qui les poursuit ensuite à chaque étape du voyage : sur la route, aux frontières, dans les refus d’asile et dans l’indifférence générale face à leur sort.

Les considérer comme une menace, c’est nier la dignité de ceux et celles qui, même dans la douleur, continuent d’avancer avec l’espoir de trouver un endroit où recommencer et vivre sans crainte.