Soudan du Sud : l’escalade de la violence pousse le pays au bord du gouffre
Dans un récent rapport, MSF fait état des attaques répétées contre les communautés et les structures de santé, qui privent plus de 700 000 personnes de soins médicaux.
Depuis le début de l’année 2025, les combats se sont intensifiés à travers le Soudan du Sud, dans ce conflit qui ne se résume pas à une rivalité entre deux camps. Il s’agit d’une guerre multipartite aux alliances changeantes, profondément divisée selon des lignes ethniques, régionales et politiques, qui touche de plein fouet les communautés.
Dans son rapport intitulé “They killed them while we were running” (en anglais seulement), Médecins Sans Frontières (MSF) fait état de l’escalade de la violence et ses conséquences sur les communautés sud-soudanaises. Les attaques indiscriminées contre les personnes et les infrastructures civiles, dont le bombardement d’hôpitaux, le recrutement forcé, les violences sexuelles, ainsi que des restrictions d’accès de l’assistance humanitaire font désormais partie du quotidien.
En moins d’un an et demi, 12 attaques ont été perpétrées contre le personnel et les installations de MSF dans le pays. Près de 762 000 personnes se retrouvent ainsi privées d’accès aux soins.
MSF appelle le gouvernement du Soudan du Sud, l’Armée populaire de libération du Soudan du Sud en opposition, ainsi que toutes les parties au conflit à protéger les personnes et les infrastructures civiles, y compris les installations de santé. Les attaques directes à leur encontre constituent de graves violations du droit international humanitaire (DIH).
“They Killed Them While We Were Running”.
Escalating violence in South Sudan(en anglais seulement)
Escalade de la violence et accès aux soins compromis
En vertu du DIH, toutes les parties ont l’obligation de respecter et protéger les personnes civiles. Elles doivent également éviter l’usage de la force indiscriminée ou disproportionnée, notamment le recours aux frappes aériennes et aux armes incendiaires dans les zones peuplées.
Or, au Soudan du Sud, les attaques ciblées ou indiscriminées menées par tous les groupes armés – gouvernementaux, d’opposition et autres – touchent de plus en plus les personnes civiles.
« Dans toutes ces régions, les personnes civiles sont la cible de frappes aériennes et d’attaques terrestres, de recrutement forcé, d’enlèvements, ainsi que de violences sexuelles et basées sur le genre généralisées. »
– Zakaria Mwatia, responsable des projets de MSF au Soudan du Sud
« Je me suis enfuie avec mon enfant. Je pouvais voir le village brûler au loin », raconte une femme déplacée et soignée dans une structure de MSF à Chuil, dans l’État de Jonglei. « Ils ont incendié les maisons, et ont brûlé vive ma grand-mère à l’intérieur du tukul [maison traditionnelle]. Ils ont tué les personnes âgées qui sont restées derrière parce qu’elles ne pouvaient pas courir avec nous. »
Ces attaques incessantes compromettent également l’accès aux soins essentiels. Depuis janvier 2025, les équipes de MSF ont soigné en moyenne 16 personnes par jour pour des blessures liées à la violence dans six États – Jonglei, Nil Supérieur, Équatoria-Central, Lacs, Warab et Équatoria-Occidental – ainsi que dans deux régions administratives, Abyei et Grand Pibor.
« Dans toutes ces régions, les personnes civiles sont la cible de frappes aériennes et d’attaques terrestres, de recrutement forcé, d’enlèvements, ainsi que de violences sexuelles et basées sur le genre généralisées », explique Zakaria Mwatia, responsable des projets de MSF au Soudan du Sud. « Des villes et des villages entiers sont touchés, ce qui entraîne des pertes humaines, des déplacements massifs et la destruction d’infrastructures civiles. »

Augmentation des blessures traumatiques et des violences sexuelles
L’ampleur de la violence au Soudan du Sud se reflète dans les données médicales de MSF ainsi que dans l’augmentation spectaculaire des frappes aériennes : 138 en 2025, contre seulement deux en 2024. Ainsi, en 2025, le nombre de personnes traitées pour des blessures par balle a augmenté de 77 % par rapport à l’année précédente, et nous observons une augmentation très nette du nombre de traumatismes liés aux explosions. Nos équipes rapportent également une hausse des cas de violences sexuelles et basées sur le genre.
En 2025, les équipes de MSF ont soigné 6 095 personnes touchées par l’ensemble de ces violences, contre 4 765 en 2024. De janvier à avril 2026, nous avions déjà soutenu plus de 1 800 personnes survivantes de violences, dont 885 survivantes de violences sexuelles et basées sur le genre. Ces données mettent en évidence l’aggravation rapide des conséquences des violences sur les communautés.
« Le vendredi soir, elle avait été violée par un groupe d’hommes. Elle ne savait pas combien ils étaient », raconte un membre du personnel de MSF à propos d’une personne soignée à l’hôpital civil de Yei, dans l’État d’Équatoria-Central, en mars 2026. « Elle est venue chez nous pour recevoir des soins. Ensuite, sa grand-mère l’a emmenée au village, pensant qu’elle y serait en sécurité. Le lundi suivant, elle est partie seule chercher du bois. Elle a alors été violée une seconde fois par un homme armé non identifié. Elle est revenue dans notre clinique le mardi. »

Les structures de santé délibérément prises pour cible
Les services de santé n’ont pas été épargnés. Depuis janvier 2025, les installations et le personnel de MSF ont été la cible de 12 attaques, notamment d’enlèvements et de pillages. L’hôpital soutenu par MSF à Old Fangak, dans l’État de Jonglei, a été délibérément bombardé par les forces gouvernementales en mai 2025. L’hôpital de Lankien, géré par MSF, a également été bombardé par ces mêmes forces en février 2026. Les structures de santé à Ulang, Pieri et Akobo ont été pillées lors d’incidents distincts par des groupes inconnus.
« L’insécurité généralisée, les refus d’accès et l’instrumentalisation de l’aide empêchent de plus en plus les organisations humanitaires d’atteindre les communautés qui en ont le plus besoin », ajoute Zakaria Mwatia. « MSF a observé une tendance inquiétante de blocage de l’accès de l’assistance et d’ordres d’évacuation imposés aux personnes civiles comme aux organisations humanitaires. »
MSF réaffirme que les personnes civiles, le personnel de la santé et les organisations humanitaires doivent être protégés en toutes circonstances.
L’assistance humanitaire est également utilisée à des fins militaires et politiques par toutes les parties au conflit. Les organisations non gouvernementales sont parfois contraintes de déplacer leurs activités vers certaines zones ou de s’en retirer. En conséquence, des communautés entières sont privées d’une assistance essentielle, en particulier dans les régions contrôlées par l’opposition dans les États de Jonglei et du Nil Supérieur.
Les gens sont forcés de fuir. Ils sont exposés à des risques accrus de violences physiques, de malnutrition et de maladies. Ils présentent des troubles en santé mentale et perdent leurs moyens de subsistance. Les longs trajets parcourus sans accès régulier à la nourriture et à l’eau, couplés à des conditions de vie difficiles, accentuent encore leur vulnérabilité, dans un contexte où la réponse humanitaire reste limitée et où l’approvisionnement en denrées essentielles est perturbé.
MSF réaffirme que les personnes civiles, le personnel de la santé et les organisations humanitaires doivent être protégés en toutes circonstances. Nous réitérons également que l’accès humanitaire sans entrave doit être garanti afin que l’assistance puisse parvenir aux personnes qui en ont le plus besoin, peu importe où elles se trouvent.
MSF est présente au Soudan du Sud depuis 1983, où nos équipes mènent l’une de ses plus importantes interventions, tous pays confondus.