Méline Launay, MSF nurse, is vaccinating a resident of an emergency shelter run by Aurore association, in Paris. On 8th of June 2021, Médecins Sans Frontières has launched a free vaccination campaign for people suffering extreme hardship in Paris and its suburbs. © Laure Playoust / Hans Lucas
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État de l’Union européenne : Encore des promesses creuses pour une distribution équitable du vaccin contre la COVID-19 dans le monde?

Dans son discours du 15 septembre 2021 sur l’état de l’Union européenne (UE), la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a encore une fois souligné l’importance d’un accès mondial aux vaccins pour juguler la pandémie de COVID-19. Les paroles de l’UE se transformeront-elles enfin en actions? Ou s’agit-il encore de promesses en l’air?

Depuis avril 2020, les représentants de l’UE martèlent le message que « personne n’est en sécurité tant que nous ne sommes pas tous en sécurité » et promettent de « créer un bien public mondial véritablement unique ». Cependant, jusqu’à présent, leurs paroles n’ont été guère plus que du vent. L’UE a plutôt systématiquement contrecarré les propositions qui auraient permis la production, l’approvisionnement et la distribution équitables de vaccins et de médicaments. Puis, elle vante les engagements de dons de vaccins, mais seule une fraction des doses nécessaires a été partagée jusqu’à maintenant.

« L’UE aime se décrire comme championne de l’équité en matière de vaccins », a déclaré le Dr Christos Christou, président international de Médecins Sans Frontières (MSF). « Mais il existe un large et embarrassant fossé entre ce qui est dit et ce qui est fait. L’UE continue de bloquer les initiatives visant à aider d’autres pays à produire leurs propres vaccins et médicaments, et n’a pas partagé les doses de vaccin promises à temps. Par conséquent, de nombreux pays sont confrontés à de graves pénuries de vaccins contre la COVID-19. Dans les pays à faible revenu, seulement 0,3 % de la population a reçu au moins une dose. »

 

COVAX

 

L’UE est l’un des principaux soutiens financiers du COVAX, le mécanisme d’achat mondial mandaté pour l’achat, l’approvisionnement et la distribution équitables de vaccins contre la COVID-19. L’UE et d’autres pays à revenu élevé ont toutefois contourné le mécanisme en réservant des milliards de doses de vaccins contre la COVID-19 sans passer par le COVAX. En conséquence, le COVAX s’est retrouvé sans options d’achat et fortement tributaire des dons caritatifs ad hoc de doses. Le refus de l’UE de reconnaître les vaccins approuvés par l’OMS produits dans les pays à revenu faible et intermédiaire pour son « certificat numérique COVID-19 » aggrave encore les inégalités mondiales existantes et perpétue l’hésitation vis-à-vis des vaccins.

Alors que l’UE a signé des ententes pour obtenir jusqu’à 4,5 milliards de doses pour sa population de 450 millions de personnes (soit jusqu’à dix doses par habitant), le COVAX n’a distribué que 250 millions de doses sur les deux milliards promis pour les pays à revenu faible et intermédiaire. Et bien que l’UE ait récemment renforcé son engagement à partager 250 millions de doses de vaccins, principalement par le biais du COVAX, plus de 90 % de ces doses n’ont toujours pas été données à ce jour, quatre mois avant la fin de l’année.

L’UE rejette également les initiatives qui pourraient maximiser et diversifier la production de vaccins et de médicaments à l’échelle mondiale. Elle n’a pas négocié ni exigé le partage des technologies et des droits de propriété intellectuelle dans le cadre de ses ententes de financement et d’achat de vaccins et de médicaments contre la COVID-19. Elle n’a pas non plus ouvertement soutenu les initiatives de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour le partage volontaire de ces technologies et des droits de propriété intellectuelle.

 

Dérogation concernant les ADPIC

 

On se rappellera que l’UE s’est illustrée en tant que l’un des principaux opposants à la dérogation concernant les ADPIC, cette proposition devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui permettrait aux pays de lever temporairement certains droits de propriété intellectuelle pour la production d’outils médicaux comme les vaccins. En fait, elle a activement fait dérailler le processus de négociation à cet égard. Maintenant, l’UE fait encore une fois de grandes promesses concernant le soutien à la fabrication de vaccins en Afrique. Cependant, sans aborder clairement le monopole de la technologie, la production de vaccins à elle seule n’aboutira pas nécessairement à un meilleur accès sur le continent africain. L’exemple récent d’une entreprise sud-africaine produisant le vaccin Johnson & Johnson pour l’Europe a manifestement montré le défaut d’une telle approche.

« L’UE semble déterminée à donner la priorité aux intérêts de sa propre industrie pharmaceutique plutôt qu’à offrir les avantages les plus larges pour la santé et à répondre aux besoins médicaux mondiaux causés par la pandémie, y compris ceux de ses propres citoyens », affirme le Dr Christou. « En conséquence, une grande partie de la population mondiale n’est toujours pas vaccinée, ce qui ouvre la porte à l’émergence de nouveaux variants du virus. Ceux-ci pourraient nuire à l’efficacité du vaccin et se propager en Europe et ailleurs, d’où la nécessité de garantir l’accès aux médicaments en même temps. »

 

Le moment est venu pour l’UE de prendre un réel engagement pour rendre les vaccins contre la COVID-19 accessibles partout où ils sont nécessaires. Ses priorités urgentes devraient être de :

  • cesser de bloquer la dérogation concernant les ADPIC à l’OMC;
  • veiller à ce que les technologies liées au vaccin contre la COVID-19 soient partagées avec les fabricants potentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire via le centre de transfert de technologie des vaccins à ARNm de l’OMS;
  • apporter un soutien financier et technique à la diversification mondiale de la production et de l’approvisionnement;
  • accélérer rapidement les transferts de vaccins des États membres de l’UE vers le COVAX et les pays à revenu faible et intermédiaire.