Portrait d’Elena Butta, responsable médicale de MSF. Ukraine, 2026. © Yuliia Trofimova
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Ukraine : « la guerre n’est pas toujours visible »

Elena Butta, responsable médicale de MSF, partage son expérience dans un centre de rétablissement en santé mentale.

Médecins Sans Frontières (MSF) gère le centre de rétablissement en santé mentale de Vinnytsia. Depuis septembre 2023, ses équipes y offrent des services de psychothérapie spécialisés. Ceci comprend un soutien et un traitement pour les symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT) lié à la guerre.

Le TSPT s’accompagne souvent d’anxiété, de dépression, d’insomnie et de symptômes physiques. Des traumatismes liés à des expériences telles que la torture, l’emprisonnement ou la perte d’un être cher peuvent en être à l’origine. Pour faciliter le rétablissement de ces personnes, notre équipe propose à la fois des séances de thérapie individuelle et des activités créatives en groupe.

Elena Butta, médecin et responsable médicale de MSF, relate son expérience de travail entre avril 2025 et janvier 2026 à la clinique Vidnovlennia.

Par Elena Butta, responsable médicale de MSF

Je m’appelle Elena Butta et j’ai travaillé dans un projet de MSF dans le centre de l’Ukraine. Auparavant, j’ai travaillé dans des zones de conflit et de crise, notamment en Afghanistan, en Haïti et au Soudan du Sud. J’y ai occupé le poste de responsable médicale et j’ai apporté mon soutien aux équipes de première ligne. 

Je suis arrivée à Vinnytsia en avril 2025 après un long voyage en train depuis la Pologne. La région semblait largement épargnée par les intenses combats. Toutefois, les effets de la guerre se faisaient toujours sentir, mais de manière moins visible. Des centres de services sociaux ont vu le jour pour soutenir les personnes déplacées des régions touchées et qui se sont installées ici. Des services de rééducation et de physiothérapie se sont également développés pour soigner les personnes blessées. 

Une employée de MSF offre des services de santé mentale à Anatolii et Antonina. Après qu’Anatolii a été grièvement blessé et que les nerfs ainsi qu’une artère de son bras droit ont été sectionnés, il a cherché un soutien psychologique pour faire face à la dépression. Ukraine, 2025. © Caroline Thirion/MSF

Mon travail quotidien se déroule principalement à la clinique Vidnovlennia, dont le nom signifie « rétablissement » ou « renaissance ». Nos activités s’articulent autour de trois axes principaux : la psychothérapie pour le TSPT; la psychoéducation, la promotion de la santé mentale et la réduction de la stigmatisation; et la formation des partenaires locaux pour maintenir les services après le départ de MSF.

Nous collaborons aussi étroitement avec des groupes locaux. Ceux-ci comprennent des groupes de soutien mutuel entre vétérans ainsi que des bénévoles soutenant les enfants et les familles touchés par la guerre. De plus, MSF travaille avec des associations appelant à la protection des personnes survivantes de torture ou de détention civile, et à la création d’espaces sécurisés pour les groupes en quête d’équité. En soutenant ces efforts locaux grâce à des formations, la psychoéducation et des activités de sensibilisation, nous contribuons à offrir des services au-delà de la clinique et à renforcer la résilience collective.

Inna Suzova, psychologue de MSF, parle à Inna qui a fui Izium lorsque la ville a été bombardée. Ukraine, 2023. © Nuria Lopez Torres

Travailler aux côtés de mes collègues ukrainiens et être témoin de la résilience des gens dans notre clinique et à l’extérieur a été extrêmement gratifiant.

Notre travail à Vinnytsia est un projet pilote visant à offrir un traitement spécialisé du TSPT à l’endroit même où les gens ont subi le traumatisme. Dans de nombreux projets en zone de conflit, les services en santé mentale se limitent à des interventions de base ou à court terme. À Vinnytsia, MSF offre des soins à plus long terme. Fondés sur des données probantes, ces services offrent un traitement sur les lieux de la crise, sans que les gens aient à attendre des années ou à se rendre à l’étranger. Face à la multiplication des conflits armés à travers le monde et aux millions de personnes touchées par des traumatismes psychologiques, ce modèle pourrait guider les interventions humanitaires à venir.

Le TSPT est l’une des conséquences les plus invalidantes de la guerre, pourtant il demeure souvent négligé. Il peut perturber le fonctionnement quotidien, fragiliser les relations familiales et sociales, limiter la capacité d’une personne à travailler et augmenter le risque de dépression ou de consommation problématique de substances. Traiter le TSPT ne consiste donc pas seulement à soutenir le rétablissement d’une personne en particulier. Cela a aussi des répercussions positives à long terme sur les familles et la société en général. En Ukraine, où des millions de personnes ont subi la violence, la perte de leurs proches ou des déplacements, les besoins en santé mentale sont considérables et perdureront pendant plusieurs générations.

Je suis personnellement consciente de l’ampleur des besoins non satisfaits et des limites de ce que nous pouvons offrir. En même temps, travailler aux côtés de mes collègues ukrainiens et être témoin de la résilience des gens dans notre clinique et à l’extérieur a été extrêmement gratifiant. Contribuer, même modestement, au rétablissement et à la dignité de ces personnes dans ce contexte est à la fois une leçon d’humilité et un privilège.