Crise au Soudan
Des millions de personnes au Soudan sont en difficulté, alors que la violence et les déplacements augmentent.
Les personnes civiles doivent être protégées à El Fasher
Alors que les combats progressent vers El Fasher, au Soudan, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) présentes à Tawila, non loin de là, accueillent des personnes qui fuient. Plusieurs d’entre elles souffrent de blessures par balle et de malnutrition sévère. Compte tenu des antécédents de violences ethniques à El Fasher, nous sommes profondément préoccupés par le risque d’un éventuel bain de sang.
Que demande MSF?
Depuis des mois, Médecins Sans Frontières (MSF) sonne l’alarme sur les violations flagrantes du droit international humanitaire en zone de guerre, notamment au Soudan.
En septembre, nous avons lancé une pétition exhortant le gouvernement du Canada à faire plus pour protéger les personnes civiles piégées dans des zones de conflit et pour faire respecter le droit international humanitaire.
Maintenant plus que jamais, le gouvernement du Canada doit défendre les principes d’humanité.
Lisez la lettre de pétitionQue se passe-t-il au Soudan?
Le 15 avril 2023, des combats intenses ont éclaté entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide à Khartoum et dans la majeure partie du pays. Depuis lors, le conflit a blessé des milliers de personnes et entraîné autant de morts.
La guerre au Soudan est une guerre contre la population. Dans une grande partie du pays, et en particulier au Darfour, les communautés sont confrontées à des violences incessantes. Parmi celles-ci, citons notamment des combats urbains intenses, des tirs, des bombardements et des frappes aériennes. Nos équipes soignent des gens blessés par des explosions, des balles et des coups de couteau. Le personnel et les établissements de santé ont été attaqués et pillés.
La malnutrition atteint des niveaux catastrophiques, avec plus de 8,7 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire qui atteint, selon la classification intégrée des phases de sécurité alimentaire (IPC), des niveaux « urgence » ou « famine ». Une épidémie de choléra constitue également une menace pour ces gens.
Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) déjà présentes au Soudan ont répondu à la crise dès ses premiers instants.
Nos cliniques et nos hôpitaux, qui étaient dans certains endroits les seules structures médicales encore ouvertes, ont pris en charge un important afflux de gens. Il s’agissait de personnes blessées dans les violences ou souffrant de maladies chroniques et n’ayant nulle part où aller, ainsi que de femmes enceintes.
Le personnel soignant soudanais, surchargé de travail et souvent non rémunéré depuis des mois, s’efforce de prodiguer des soins dans un contexte d’immenses difficultés. Une action immédiate et un soutien accru sont essentiels pour les communautés déplacées et le système de santé mis à rude épreuve.
La situation évolue très rapidement. Les informations ci-dessous ont été mises à jour au 1er octobre 2025.
Les soins médicaux délivrés par les équipes de MSF au Soudan entre janvier et juillet 2025 :
Les groupes déplacés par la guerre
- Selon le HCR, près de 12 millions de personnes ont été déplacées de force depuis le début du conflit.
- Selon la même source, plus de 4 millions de personnes ont franchi les frontières vers les pays voisins depuis le début du conflit.
- On estime à 80 000 le nombre de personnes déplacées vivant à Tawila et dans ses environs, la plupart ayant fui les combats à El Fasher et Zamzam.
- Le Tchad, l’Égypte et le Soudan du Sud accueillent la plupart des personnes rapatriées, demandeuses d’asile et réfugiées nouvellement arrivées du Soudan.
(source : Organisation des Nations Unies)

Que fait MSF?
Les équipes de MSF continuent de constater d’immenses besoins humanitaires au Soudan ainsi que dans les pays voisins où les gens ont fui en quête de sécurité.
Plus de 1 250 membres du personnel soudanais et plus de 220 personnes recrutées à l’étranger travaillent dans le cadre de nos interventions.
Au Soudan
En octobre 2025, les équipes de MSF travaillaient dans 8 des 18 États du Soudan : Khartoum, El-Gedaref, Nil Blanc, Darfour Occidental, Nord-Darfour, Darfour Central, Sud-Darfour et Nil Bleu.
Actuellement, nos équipes :
- offrent des soins d’urgence et pratiquent des interventions chirurgicales, y compris des soins en traumatologie, pour les blessures de guerre et autres;
- prodiguent des soins de santé maternelle et pédiatrique, y compris des césariennes;
- détectent la malnutrition et traitent les enfants et les femmes enceintes souffrant de malnutrition aiguë à l’hôpital et à domicile;
- gèrent des services ambulatoires et des cliniques mobiles, y compris dans des camps pour les personnes réfugiées et déplacées;
- mènent des campagnes de vaccination de routine et de rattrapage;
- répondent aux épidémies, notamment de choléra et de rougeole;
- font don de médicaments et de fournitures médicales aux établissements de soins de santé;
- soutiennent le personnel du ministère de la Santé par des mesures incitatives, des formations et des moyens logistiques;
- fournissent de l’eau et des services d’assainissement, incluant la construction de forages;
- distribuent de la nourriture et de l’eau dans les camps de personnes déplacées à l’intérieur du pays.
MSF poursuit également certaines de ses activités médicales mises en place avant le début de la guerre.

Au Soudan du Sud
Depuis le début de la guerre au Soudan, plus d’un million de personnes ont fui vers le Soudan du Sud pour y trouver refuge. Cet afflux a aggravé la situation humanitaire déjà désastreuse dans le pays. Nos équipes mènent des activités d’urgence à Renk, dans la zone administrative spéciale d’Abyei et à Juba pour fournir aux personnes réfugiées et rapatriées des services de santé, y compris des soins aux personnes blessées par la guerre. Après qu’une épidémie de choléra a été déclarée à Renk, les équipes de MSF ont procédé à des vaccinations à Renk, Malkal, Rubkona et Juba, ainsi que dans le camp pour personnes réfugiées de Gorom.
Au Tchad
Selon le HCR, plus de 800 000 personnes réfugiées et rapatriées ont traversé la frontière entre le Soudan et le Tchad. Ces personnes vivent dans des camps au Tchad et ont du mal à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Faute d’eau, de nourriture, d’abris et de soins de santé adéquats, elles souffrent de diarrhée, de malnutrition et de paludisme.
Les équipes de MSF réagissent à cette crise en travaillant dans trois régions frontalières : Sila, Wadi Fira et Ouaddaï.
Au Tchad, nous offrons des soins de santé de base, le dépistage et le traitement de la malnutrition et des vaccinations. Nos équipes offrent aussi des soins de santé sexuelle et reproductive par l’intermédiaire des installations de santé locales existantes et des cliniques mobiles. Nos équipes ont aussi commencé à effectuer des forages pour l’approvisionnement en eau des camps et des communautés locales. Dans certains endroits, nous distribuons aux communautés de personnes réfugiées des bâches en plastique, des moustiquaires et des savonnettes, produits essentiels pour prévenir la propagation du paludisme et de la diarrhée.
Camp de Zamzam
Mises à jour du 24 février : en raison de l’escalade actuelle des attaques et des combats dans et autour du camp de personnes déplacées de Zamzam, près d’El Fasher, dans l’État du Nord-Darfour, MSF a été contrainte d’interrompre ses activités. Nos équipes ne peuvent continuer à fournir une assistance médicale dans des conditions aussi dangereuses. Malgré la famine largement répandue et les immenses besoins humanitaires, nous n’avons d’autre choix que de suspendre toutes nos activités dans le camp, y compris à l’hôpital de MSF.
Explications sur la crise
À la suite d’un coup d’État militaire survenu en 2021, la majeure partie de l’aide internationale au Soudan a été gelée. Cette situation a entraîné une crise économique et une augmentation de l’insécurité alimentaire.
Avant même le début du conflit, le système de santé soudanais était extrêmement fragile et l’accès à des services médicaux de base s’avérait difficile pour la plupart des gens.
Cette situation critique s’explique par une combinaison de facteurs : les violences et conflits récurrents, le contexte économique et le coût des soins de santé, ainsi qu’un manque général de personnel et de ressources médicales.

De plus, la diminution marquée de l’assistance internationale a provoqué une réduction de la couverture vaccinale et une augmentation de la malnutrition chez les enfants.
Avant le conflit, environ 78 000 enfants de moins de cinq ans mouraient chaque année de causes évitables, comme le paludisme. Depuis le 15 avril 2023, des traitements essentiels ont été interrompus pour quelque 50 000 enfants souffrant de malnutrition aiguë.
L’accès aux soins pendant la grossesse et l’accouchement est également touché. Le Soudan comptait déjà un taux de mortalité maternelle élevé; environ 25 % des naissances se déroulaient sans l’assistance d’une ou d’un professionnel de la santé qualifié. Au début du conflit, on estimait à 219 000 le nombre de femmes enceintes, à Khartoum seulement, dont 24 000 sont sur le point d’accoucher.
Le système de santé soudanais était déjà au bord de l’effondrement depuis des décennies. Avec la détérioration rapide de la situation humanitaire et sécuritaire, le manque de fournitures et la pression exercée sur le personnel, il est maintenant au point de rupture.
MSF au Soudan

MSF travaille au Soudan depuis 1979. Nous avons offert une assistance médicale tout au long de la guerre civile qui a conduit à la séparation avec le Soudan du Sud, en 2011, et pendant le conflit qui a duré une décennie dans la région du Darfour.
Avant la récente escalade de violence qui a commencé le 15 avril 2023, les activités de MSF comprenaient 11 projets médicaux répartis dans 12 États, y compris 24 structures de santé, des cliniques mobiles et des hôpitaux.
En 2024, les équipes de MSF au Soudan ont effectué 889 705 consultations externes, pris en charge 73 092 personnes à l’hôpital, traité 59 887 cas de malnutrition et assisté 24 318 accouchements.
MSF et les conflits
Environ le quart de nos projets sont consacrés à l’assistance aux personnes vivant dans des zones de guerre et de conflit armé, comme en République démocratique du Congo, au Nigéria, au Soudan, en Palestine, en Ukraine et au Yémen pour ne nommer que celles-là.
Les conflits armés ravagent des vies et déciment des communautés. Prises pour cibles, harcelées, coincées dans la misère et la pauvreté, ces communautés sont contraintes de fuir ou de vivre assiégées et de subir des attaques aveugles. L’accès aux services de base, tels que la nourriture et les soins médicaux est régulièrement perturbé.
Un soutien médical et humanitaire complet est essentiel, mais les services de santé se font souvent rares. MSF fournit des soins médicaux uniquement en fonction des besoins. Elle déploie aussi tous les efforts pour atteindre les gens qui en ont le plus besoin.