À Tawila Umda, MSF a mis en place un poste de santé pour stabiliser les personnes qui arrivent. Notre équipe effectue le transfert en ambulance des cas les plus graves, comme ceux qui nécessitent une intervention chirurgicale, vers l’hôpital de Tawila. Soudan, 2025. © Natalia Romero Peñuela/MSF
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Soudan : après des frappes qui ont touché des zones civiles, MSF soigne environ 170 personnes blessées par des drones en deux semaines

MSF appelle les parties belligérantes à épargner immédiatement les personnes civiles et les membres du personnel humanitaire.

Les attaques de drones menées par les Forces armées soudanaises (FAS) et les Forces de soutien rapide (FSR) touchent des zones civiles et des infrastructures essentielles. Ceci comprend des écoles, des marchés, des structures de santé et des sources d’eau à travers le Soudan. Les deux premières semaines de février, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) ont soigné 167 personnes souffrant de graves blessures à la poitrine et à l’abdomen. Elles ont aussi traité des fractures multiples des membres, des traumatismes crâniens et des blessures par éclats d’obus. MSF alerte que ce type d’attaques expose les personnes civiles et les membres du personnel humanitaire à un grave danger. Elle demande à ce que ces personnes obtiennent une protection immédiate.

Le 15 février, une équipe de MSF à Adré, dans l’est du Tchad, a traité 18 personnes, dont quatre femmes et trois enfants. Ces personnes avaient été blessées lors de frappes de drones lancées par les FAS sur un marché de carburant de l’autre côté de la frontière, à Adikong, dans l’État du Darfour Occidental. Le 6 février, 29 personnes blessées ont été soignées à l’hôpital soutenu par MSF à Tiné, également dans l’est du Tchad, à la suite de deux attaques de drones lancées par les FSR dans l’ouest du Soudan. Ces frappes ont tué au moins 10 personnes, dont quatre sont décédées à l’hôpital. Depuis cette date, des personnes blessées affluent régulièrement après des attaques.

« Au Soudan, la guerre est menée à l’aide de drones qui vont au-delà des lignes de front. Nos équipes soignent régulièrement un grand nombre de personnes blessées par des drones, notamment des femmes et des enfants. »

Esperanza Santos, responsable des urgences de MSF

« Parmi les gens que nous avons accueillis, un garçon de neuf ans est arrivé avec une importante blessure à l’œil causée par un éclat d’obus, de nombreuses fractures au visage et deux doigts amputés », explique Virginia Moneti, coordonnatrice médicale du projet de MSF à Tiné. « Il souffrait énormément et a été exposé à la poussière durant un long voyage pour atteindre notre structure. Même avec des soins optimaux, il risque de souffrir d’un handicap à long terme. Il a été transféré à N’Djamena pour y recevoir des soins supplémentaires. »

Ce mois-ci, à la suite de plusieurs attaques, nos équipes à Zalingei, au Darfour Central, ont également soigné 29 personnes, dont au moins huit personnes civiles.

À la suite des frappes de drones du 3 novembre dans l’État du Darfour du Nord, au Soudan, MSF a été contrainte de se retirer de Kornoi et de Tina. Ceci a mis à l’arrêt des services médicaux et humanitaires essentiels. Ces attaques ont compromis la sécurité de MSF et ont privé les gens de soins essentiels.

« Au Soudan, la guerre est menée à l’aide de drones qui vont au-delà des lignes de front », explique Esperanza Santos, responsable des urgences de MSF. « Nos équipes soignent régulièrement un grand nombre de personnes blessées par des drones, notamment des femmes et des enfants. Ces frappes sont utilisées pour perturber les systèmes d’approvisionnement, endommager les infrastructures civiles et risquent de créer des conditions de siège dans les zones contestées. »

Dans le Kordofan du Nord, où MSF a récemment lancé une intervention d’urgence à El Obeid, des frappes de drones auraient touché un convoi humanitaire, un véhicule transportant des personnes déplacées et une gare routière les 6 et 7 février. Les deux premières semaines de février, des frappes de drones auraient aussi touché diverses structures de santé à Kadugli et Dilling, dans l’État du Kordofan du Sud.

« Les incidents récents révèlent une tendance inquiétante dans la conduite de la guerre au Soudan », déclare Esperanza Santos. « Les frappes de drones ne se limitent pas à des cibles militaires. Elles sont parfois suivies de multiples frappes supplémentaires sur le même endroit et causent des dégâts considérables. Des personnes civiles, y compris des enfants, sont tuées ou gravement blessées, au mépris flagrant du droit international humanitaire. Les groupes armés doivent prendre des mesures immédiates pour protéger les personnes civiles et les membres du personnel humanitaire. Les personnes civiles doivent toujours être épargnées. »

MSF est profondément alarmée par cette situation. Le manque de respect des zones civiles et des infrastructures humanitaires empêche nos équipes de travailler en toute sécurité. Il prive aussi les gens de soins essentiels. C’est exactement le contraire de ce dont le peuple soudanais a besoin : les besoins humanitaires sont considérables et une intensification rapide de l’assistance est indispensable.