Soudan : MSF lance une intervention d’urgence à El Obeid, près de l’une des lignes de front les plus actives du pays
MSF met en place un soutien essentiel dans une ville submergée par l’afflux de personnes déplacées et coupée du monde par le conflit.
Alors que la violence continue de se propager à travers le Soudan, les États du Kordofan font partie des zones de conflit les plus instables et les plus actives du pays. C’est également l’une des régions les moins accessibles pour les organisations humanitaires.
Au cœur de cette vaste région, la ville d’El Obeid, capitale de l’État du Kordofan du Nord, est devenue un refuge important pour les personnes déplacées qui fuient la violence. Les conditions de vie y sont précaires : accès limité aux soins médicaux, eau potable rare et structures médicales insuffisantes pour répondre à des besoins en forte croissance.
« Avec la ligne de front à moins de 40 kilomètres, la ville continue d’accueillir des gens arrivant presque quotidiennement. Les personnes qui arrivent ici sont terrifiées par la proximité des combats. Pourtant, elles se sentent toujours plus en sécurité ici que là d’où elles viennent. Là-bas, elles étaient exposées à la violence, aux pillages et aux passages à tabac. »
– Al Tayeb Mahmoud Mahammed, chef d’équipe de MSF à El Obeid
En réponse à cette situation, Médecins Sans Frontières (MSF) a lancé des activités d’urgence à El Obeid à la fin de janvier. La première phase de cette intervention vise à améliorer les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement dans le principal site de déplacement de la ville.
« El Obeid a perdu une grande partie de ses habitants et habitantes d’origine. Toutefois, elle accueille aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes déplacées qui se sont installées ici à différents moments de la guerre », explique Al Tayeb Mahmoud Mahammed, chef d’équipe de MSF à El Obeid. « Avec la ligne de front à moins de 40 kilomètres, la ville continue d’accueillir des gens arrivant presque quotidiennement. Les personnes qui arrivent ici sont terrifiées par la proximité des combats. Pourtant, elles se sentent toujours plus en sécurité ici que là d’où elles viennent. Là-bas, elles étaient exposées à la violence, aux pillages et aux passages à tabac. »

Selon l’évaluation de MSF, Al-Mina Al-Muwahad, le principal site de déplacement à El Obeid, accueille environ 25 000 personnes. Nos équipes signalent un manque alarmant de services pour le nombre de personnes installées sur le site.
Avec 500 personnes se partageant parfois une seule latrine, les services d’assainissement sont gravement insuffisants. L’accès à l’eau potable est également limité, avec seulement trois litres par personne et par jour. Cela augmente considérablement le risque d’épidémies, surtout pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées.
« Cette intervention est une étape cruciale. Toutefois, une assistance beaucoup plus importante est nécessaire de toute urgence pour éviter de nouvelles pertes en vies humaines et une dégradation de la dignité des gens. »
– Marta Cazorla, responsable des opérations de MSF dans l’est du Soudan
MSF intensifie les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement dans le camp en construisant des latrines supplémentaires et en installant des réservoirs d’eau. Elle soutient aussi les bénévoles travaillant pour le ministère de la Santé pour surveiller l’éclosion de maladies et les cas de malnutrition. Les besoins dépassent largement les capacités du système de santé fragilisé du pays. MSF coordonne donc les activités médicales dans le camp ainsi qu’à l’hôpital universitaire d’El Obeid avec les autorités locales.
L’intervention actuelle de MSF fait suite à plusieurs mois de discussions avec les autorités locales et fédérales pour pouvoir travailler dans la ville. En juillet 2025, en réponse à une épidémie de choléra, nos équipes ont soutenu le ministère de la Santé à distance en offrant des formations et des conseils techniques à son personnel. En septembre 2025, lors d’une évaluation menée sur place, nous avons constaté d’importants besoins humanitaires, ainsi que des cas de rougeole et de choléra.

« Avec la poursuite des combats et l’augmentation des déplacements, les besoins humanitaires à travers le Soudan restent immenses et largement insatisfaits », explique Marta Cazorla, responsable des opérations de MSF dans l’est du Soudan. « Nous nous réjouissons d’être enfin sur place et de pouvoir intervenir à El Obeid. Cela n’était pas possible pendant la majeure partie du conflit en raison des restrictions d’accès. »
« Cette intervention est une étape cruciale. Toutefois, une assistance beaucoup plus importante est nécessaire de toute urgence pour éviter de nouvelles pertes en vies humaines et une dégradation de la dignité des gens », ajoute Marta Cazorla. « Les équipes de MSF sont actuellement prêtes à intervenir. Elles ont prépositionné du matériel pour élargir les activités à El Obeid. Elles souhaitent également mener des évaluations et des interventions dans d’autres États des Kordofans, à mesure que les besoins évoluent et que l’accès le permet. Par exemple, nous avons actuellement des équipes prêtes à offrir des services de santé au Kordofan du Sud. »
Selon l’Organisation internationale pour les migrations, depuis le début du conflit au Soudan le 15 avril 2023, plus de 15 millions de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer. Cela comprend 11,5 millions de personnes déplacées au Soudan et environ 4 millions qui ont fui à l’étranger au plus fort de la crise. MSF gère ou soutient 20 hôpitaux et 16 centres de santé à travers le pays. Nos équipes fournissent des soins chirurgicaux, des traitements pour les plaies, de la physiothérapie, des services de maternité, de nutrition et de pédiatrie et des services de santé généraux. Elles dirigent aussi des campagnes de vaccination régulières et réactives, et offrent un soutien en santé mentale dans huit des 18 États du Soudan.