Rita Botelho de Costa, sage-femme responsable des activités de MSF, examine un nouveau-né dans le service de post-partum de l’hôpital émirati soutenu par MSF. Pour réduire le risque de morbidité et de mortalité chez les mères et les nouveau-nés, MSF soutient l’hôpital émirati en matière de soins post-partum. Un ajout de 12 lits à la salle permet à plus de femmes de bénéficier d’un suivi post-accouchement adéquat. « Faute d’approvisionnements suffisants et face à un trop grand nombre de patientes, le système de santé est débordé et les mères sont contraintes de sortir quelques heures seulement après l’accouchement », explique Rita Botelho da Costa, responsable de l’activité des sages-femmes à MSF. « Les 24 premières heures du post-partum sont les plus risquées pour les complications, et avec des personnes vivant dans des conditions désastreuses, il est important de garder la patiente à l’hôpital aussi longtemps que possible. » Avec un accès si limité aux services de santé maternelle, de nombreuses femmes enceintes n’ont reçu aucun soin depuis le début de la guerre et n’ont pas pu vérifier l’état de santé de leur enfant. © Mariam Abu Dagga/MSF Palestine
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Rafah, sud de la bande de Gaza : déplacée, enceinte et vivant sous une tente

Maha* s’est rendue à l’hôpital alors que le travail venait de commencer, mais on l’a renvoyée parce que toutes les salles d’accouchement étaient pleines. Découragée, elle est retournée dans sa tente de fortune, l’une des nombreuses dans les camps de personnes déplacées de Rafah, dans le froid de l’hiver. Rafah, une ville du sud de la bande de Gaza, abritait avant la guerre 300 000 Palestiniens et Palestiniennes. Ce nombre est passé à 1,5 million lorsque les Gazaouis ont fui les bombardements et les ordres d’évacuation dans les zones nord et moyenne de l’enclave. Malheureusement, Maha n’a pas pu retourner à l’hôpital. Elle a donné naissance à son fils décédé dans des toilettes publiques.

La guerre à Gaza est entre autres marquée par le manque cruel d’assistance humanitaire. Les attaques contre les structures de santé ont quant à elles complètement perturbé l’accès aux soins de santé maternelle, exposant à la fois les mères et leurs enfants à des risques sanitaires graves, voire mortels. Dans la région de Rafah, la maternité émiratie est le principal établissement qui répond encore aux besoins de santé maternelle des femmes enceintes déplacées.

Les besoins sont énormes : selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), on estime à 50 000 le nombre de femmes enceintes et, selon l’UNICEF, à 20 000 le nombre de bébés nés depuis le début de la guerre.

Face à l’explosion des besoins et au manque de moyens, l’hôpital émirati ne peut plus répondre qu’aux accouchements les plus urgents et les plus à risque. Les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) sont profondément préoccupées par la détérioration et le manque de soins obstétriques à Gaza, conséquences des bombardements continus, des restrictions de l’assistance humanitaire et des attaques contre les établissements de santé.

« Avec autant de personnes déplacées, la situation à Rafah est terrifiante », déclare Pascale Coissard, coordonnatrice d’urgence de MSF à Gaza. « Tous les endroits sont surpeuplés, avec des personnes vivant dans des tentes, des écoles et des hôpitaux. L’hôpital émirati doit maintenant faire face à trois fois plus d’accouchements qu’avant la guerre. »

La crise humanitaire qui se déroule à Gaza a laissé les futures mères sans bilan de santé pendant des mois, car les services de soins de santé primaires sont pratiquement indisponibles. Les femmes en travail, elles, sont incapables d’atteindre les centres de soins en raison du manque de carburant et de capacité dans les quelques hôpitaux restants. Les femmes déplacées vivant dans des conditions déplorables accouchent dans des tentes en plastique et des bâtiments publics. Celles qui parviennent à accoucher dans un hôpital retournent souvent dans leurs abris de fortune quelques heures seulement après avoir subi une césarienne.

Pour réduire le risque de morbidité et de mortalité chez les mères et les nouveau-nés, MSF soutient l’hôpital émirati dans les soins post-partum en ajoutant 12 lits au service. Ainsi, le service atteint une capacité de 20 lits, permettant ainsi à plus de femmes de bénéficier d’un suivi adéquat après la naissance.

« Faute d’approvisionnements suffisants et face à un trop grand nombre de patientes, le système de santé est débordé et les mères sont contraintes de sortir quelques heures seulement après l’accouchement », explique Rita Botelho da Costa, responsable de l’activité des sages-femmes à MSF. « Les 24 premières heures du post-partum sont les plus risquées pour les complications, et avec des personnes vivant dans des conditions désastreuses, il est important de garder la patiente à l’hôpital aussi longtemps que possible. »

Rita Botelho da Costa (au centre de l’image), responsable des activités des sages-femmes à MSF, discute avec l’équipe de l’hôpital émirati, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Pour réduire les risques de morbidité et de mortalité chez les mères et les nouveau-nés, MSF soutient l’hôpital émirati pour les soins postnatals. © Mariam Abu Dagga/MSF Palestine

CAPTION: Rita Botelho da Costa (au centre de l’image), responsable des activités des sages-femmes à MSF, discute avec l’équipe de l’hôpital émirati, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Pour réduire les risques de morbidité et de mortalité chez les mères et les nouveau-nés, MSF soutient l’hôpital émirati pour les soins postnatals. © Mariam Abu Dagga/MSF Palestine

L’accès aux services de santé maternelle étant très limité, de nombreuses femmes enceintes n’ont reçu aucun soin depuis le début de la guerre et n’ont pas pu vérifier l’état de santé de leur enfant.

Enceinte de six mois, Rana Abu Hameida, 33 ans, a été admise à la maternité de l’hôpital émirati parce qu’elle souffrait de complications liées à sa grossesse. Depuis le début de la guerre, Rana n’avait jamais bénéficié d’un examen prénatal. « Après avoir été déplacée, il est devenu difficile pour moi de trouver des moyens de transport et des services de santé », a-t-elle déclaré. Rana Abu Hameida a été déplacée de Beit Lahya, au nord de Gaza, et comme Maha, elle dort maintenant dans une tente. « Il est difficile de trouver un endroit où se faire soigner ou d’organiser ma vie pour pouvoir reprendre les examens mensuels. Je vis dans une tente; la vie est difficile, surtout lorsqu’il s’agit de trouver de la nourriture ou de l’eau, et de dormir sans literie appropriée. »

Enceinte de six mois, Rana Abu Hameida, 33 ans, a été admise à la maternité de l’hôpital émirati, car elle souffrait de complications liées à sa grossesse. Rana n’a bénéficié d’aucun examen prénatal depuis le début de la guerre. © Mariam Abu Dagga/MSF Palestine

CAPTION: Enceinte de six mois, Rana Abu Hameida, 33 ans, a été admise à la maternité de l’hôpital émirati, car elle souffrait de complications liées à sa grossesse. Rana n’a bénéficié d’aucun examen prénatal depuis le début de la guerre. © Mariam Abu Dagga/MSF Palestine

Lorsque les femmes enceintes n’ont pas accès aux soins de santé, ne mangent pas à leur faim ou ne disposent pas d’un logement adéquat, elles et leurs enfants sont plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé, notamment d’infections. Les enfants de femmes enceintes ou allaitantes dénutries sont exposés à des risques immédiats de problèmes de santé et à des difficultés potentielles de développement à long terme.

Plus d’un tiers des patientes consultant pour des soins prénataux présentaient une anémie. Cette condition, souvent associée à une carence en fer, est critique pour les femmes enceintes qui ont souvent besoin de suppléments. En outre, près de la moitié de ces femmes souffraient d’infections génito-urinaires, telles que des infections des voies urinaires.

À Rafah, les équipes de MSF fournissent des soins post-partum ainsi qu’un soutien en santé mentale à l’hôpital émirati. À la clinique Al Shaboura, les femmes enceintes reçoivent des soins prénataux, y compris un dépistage de la malnutrition, et reçoivent des aliments thérapeutiques supplémentaires si nécessaire.

Au cours de la première semaine de janvier, les spécialistes de MSF en gynécologie et en obstétrique ont prodigué des soins prénataux à plus de 200 femmes à la clinique Al Shaboura. Dans le service de soins postnatals de l’hôpital émirati, les équipes de MSF ont reçu plus de 170 patientes au cours de la première semaine d’expansion du service. Cependant, en l’absence d’une assistance humanitaire suffisante pour Gaza et d’une protection pour les quelques structures de santé qui fonctionnent encore, les soins de santé continueront d’être une goutte d’eau dans l’océan des besoins.

MSF réitère son appel à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, ainsi qu’à la protection des structures de santé afin de préserver les vies. Nous soulignons également l’urgence de rétablir rapidement l’acheminement de l’assistance humanitaire à Gaza et le système de santé dont dépend la survie des mères et des enfants de Gaza.