Camps de fortune pour les personnes déplacées près de l’hôpital de campagne de MSF à Deir al-Balah, à Gaza. Palestine, 2026. © Craig Kenzie/MSF
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Palestine : les restrictions d’accès imposées par Israël provoquent une grave pénurie de fournitures médicales à Gaza

Une conseillère médicale de MSF décrit l’énorme pression que les restrictions sur les fournitures médicales font peser sur les équipes.

Randa Abu El-khair Masoud
Conseillère médicale de projet de MSF

Chaque jour, dans nos hôpitaux et nos cliniques, nous constatons les conséquences des restrictions imposées à l’entrée de fournitures médicales à Gaza. Les besoins y sont immenses, mais l’assistance qui y parvient est insuffisante en raison du blocage des autorités israéliennes. Juste à l’extérieur de Gaza, des camions remplis de nourriture et de médicaments attendent, mais ils sont retenus. Médecins Sans Frontières (MSF) n’a pas pu maintenir son approvisionnement depuis le 1er  janvier 2026.

Actuellement, nous faisons face à une grave pénurie de médicaments pour traiter des maladies non transmissibles. Près de la moitié de nos médicaments essentiels pour les maladies chroniques se trouvent à des niveaux de stock extrêmement bas. Cela inclut les médicaments contre le diabète, l’hypertension, les troubles thyroïdiens, l’asthme et d’autres maladies respiratoires. Cette pénurie menace notre capacité à offrir les soins essentiels pour les maladies chroniques.

Nous avons déjà dû cesser d’admettre de nouvelles personnes dans nos services dédiés aux maladies non transmissibles. Cela a entraîné une réduction des soins et de la distribution de médicaments au grand nombre de gens que nous traitons déjà. Ce manque de soins appropriés provoquera obligatoirement des décès évitables chez les personnes souffrant de maladies chroniques.

Nous constatons également une pénurie de pansements dans nos installations, comme la gaze et les compresses. Cette pénurie aura un impact sur toutes nos activités de soins des plaies, en particulier à notre hôpital de campagne, où nous fournissons des pansements pour les soins postopératoires, les interventions chirurgicales et les blessures traumatiques. Pour éviter l’infection des plaies ou des brûlures, il est essentiel d’avoir en réserve suffisamment de pansements. Chaque jour, notre hôpital de Deir al-Balah reçoit en moyenne plus de 100 personnes qui ont besoin de soins de pansement ambulatoires. Nous admettons jusqu’à 30 individus ayant subi des brûlures.

Pendant le blocus total, entre août et septembre 2025, nous avons dû recourir à de la gaze non stérile. L’équipe stérilisait cette gaze par lots. Cette procédure n’est pas optimale, car elle peut comporter un risque d’infection. Pour cette raison, elle n’est utilisée qu’en dernier recours. Aujourd’hui, nous nous trouvons à nouveau dans une situation critique. Bien que nous ayons pu obtenir des quantités limitées de compresses provenant d’autres installations de MSF, cette solution n’est pas viable à long terme, surtout lorsque les réserves sont insuffisantes dans tous les hôpitaux.

Un vieux masque imprimé en 3D et peint aux couleurs de Spider-Man est posé sur une étagère du service de kinésithérapie 3D de MSF à Gaza. Les restrictions imposées par les autorités israéliennes empêchent l’approvisionnement en fournitures essentielles vers la bande de Gaza. Palestine, 2026. © Nour Alsaqqa/MSF

Une autre conséquence grave de ces restrictions est l’approvisionnement limité en matériel médical. Depuis le début de l’année, nous n’avons pas pu faire entrer de nouveau matériel, ce qui met nos équipes et nos activités sous une pression énorme. Par exemple, il y a deux semaines, lors d’une opération chirurgicale sur un enfant de deux ans, nous avons connu un incident : le foret à os ne fonctionnait pas. C’était le seul disponible à l’hôpital. L’équipe a dû en trouver un dans un autre hôpital, ce qui a entraîné un retard dans l’opération et causé du stress pour l’équipe.

Comme il n’est pas possible de nous procurer de nouvelles fournitures ni de pièces de rechange, le mauvais fonctionnement d’un équipement peut nous obliger à reporter ou à suspendre des opérations chirurgicales. Ces retards peuvent avoir de graves conséquences pour les gens et leur processus de guérison, et même entraîner une aggravation ou l’apparition d’un handicap. Actuellement, nous dépendons entièrement de l’équipement dont nous disposons déjà à Gaza, qui est utilisé depuis longtemps. En raison des besoins élevés et de la pression, nous constatons une augmentation des pannes dans nos équipements.

Les équipes continuent inlassablement de prodiguer des soins médicaux, malgré une pression immense. Le dévouement de nos équipes et les solutions de dernier recours ne peuvent pas remplacer un approvisionnement stable et sans entrave. Il est impératif que des fournitures et des équipements médicaux puissent entrer à Gaza dès maintenant.