Un membre du personnel de MSF se tient devant l’hôpital Nasser, qui a été touché l’an dernier par une frappe israélienne. Palestine, 2025. © MSF
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Palestine : MSF reprend ses activités essentielles à l’hôpital Nasser

Michel Lacharité, responsable des opérations d’urgence de MSF, revient sur la décision de MSF de retourner à l’hôpital Nasser

MSF a décidé de reprendre ses activités essentielles à l’hôpital Nasser à compter du 13 avril, après avoir suspendu ses activités non critiques le 20 janvier dernier. Dans une entrevue, Michel Lacharité, responsable des opérations d’urgence chez Médecins Sans Frontières (MSF), apporte des précisions sur la reprise de nos activités essentielles.

Pourquoi MSF reprend-elle ses activités principales à l’hôpital Nasser?

Après avoir entretenu un dialogue constant avec le ministère de la Santé de Gaza et évalué la situation, nous avons décidé de reprendre nos activités principales à l’hôpital Nasser. Nous avons estimé que les mesures concrètes prises par les autorités compétentes ont garanti les conditions minimales requises pour que nos équipes puissent travailler en toute sécurité et conformément à nos principes d’intervention.

Depuis la suspension de nos activités non critiques (consultations externes, physiothérapie, soins des brûlures en 3D et santé mentale) à Nasser, nos équipes ont constaté des améliorations nettes et significatives de la situation.

Nous avions initialement pris la décision difficile de suspendre toutes les activités médicales non critiques le 20 janvier 2026, après que les membres du personnel de MSF ont été témoins d’une série d’incidents. Ceux-ci comprenaient la présence d’hommes armés et masqués et d’autres personnes se livrant à des actes d’intimidation et procédant à des arrestations arbitraires de patients et de patientes. Un incident impliquant un présumé déplacement d’armes a également eu lieu. Tous ces incidents sont totalement inacceptables. Nous avons fait part de nos préoccupations aux autorités compétentes.

Nous avons désormais repris nos activités. Cette décision reflète à la fois la gravité des besoins et les améliorations concrètes apportées à la gestion de l’installation, notamment la mise en place de mesures pour restreindre l’entrée d’armes et de personnes armées.

Nous travaillons à Gaza dans un contexte où les structures médicales opérationnelles sont extrêmement rares alors que les besoins sont pressants et concentrés. Les patientes, les patients et les membres du personnel arrivent dans un état de détresse extrême. Dans cet environnement, une certaine gestion des flux et des accès est inévitable. Elle ne vise à contrôler qui reçoit des soins médicaux, mais à maintenir les conditions qui permettent de prodiguer ces soins médicaux en toute sécurité et sans discrimination.

Nous reconnaissons que des forces de police et de sécurité peuvent être présentes à l’intérieur et aux abords de l’installation, comme cela peut se produire dans d’autres contextes. Cela ne signifie pas que nous approuvons la présence armée dans les espaces médicaux. Nous réaffirmons notre engagement envers le principe selon lequel l’hôpital doit demeurer un espace protégé, neutre et accessible à tout le monde. À ce titre, nous continuerons de surveiller la situation.

Quelles activités MSF a-t-elle reprises?

MSF a maintenu ses activités essentielles à l’hôpital Nasser tout au long de cette période, notamment dans les services d’hospitalisation et de chirurgie destinés aux personnes souffrant de blessures orthopédiques, traumatiques ou de brûlures. Dans ces services, la survie des gens dépendait entièrement des soins prodigués par MSF. Maintenant que nous avons obtenu des garanties, nous avons repris les consultations externes, la kinésithérapie, l’ergothérapie, le dépistage des brûlures en 3D et les activités de santé mentale.

MSF gère désormais 94 lits au sein du service d’hospitalisation chirurgicale, dont 23 réservés aux personnes brûlées.

Comment pouvez-vous garantir que l’hôpital reste un lieu neutre, sans activité militaire?

MSF ne gère pas l’hôpital et n’est pas présente dans tous les services. Cependant, nous surveillons et évaluons en permanence les risques existants et collaborons avec le ministère de la Santé pour veiller à ce que les conditions restent compatibles avec la prestation de soins médicaux impartiaux. De même, nous nous efforçons de garantir la sécurité des membres du personnel, des patientes et des patients, comme nous le faisons dans tous les pays où nous intervenons. Notre présence dépend du fonctionnement de l’hôpital en tant que structure médicale civile. Le ministère de la Santé s’est engagé à maintenir des conditions qui nous permettent de continuer d’apporter des soins en toute sécurité.

L’hôpital Nasser est une bouée de sauvetage essentielle pour les communautés de Gaza. Il s’agit de l’une des dernières structures médicales du ministère de la Santé encore partiellement fonctionnelle. Cet hôpital doit être respecté et protégé en tant que structure médicale civile, conformément au droit international humanitaire.

Nos appels ne doivent pas être instrumentalisés. Nous avons vu Israël détruire le système de santé à Gaza sous prétexte qu’il servait de centres de commandement ou qu’il était utilisé à des fins militaires, ce dont nous n’avons jamais été témoins. L’hôpital Nasser doit être épargné des attaques israéliennes et ne doit pas être utilisé à des fins militaires par le Hamas ou tout autre groupe armé. La vie d’innombrables Palestiniens et Palestiniennes en dépend.