La responsable de l’équipe de travail social de MSF s’entretient avec Sabha Al Najar qui, avec son mari, a été agressée et battue par des colons début novembre 2025, à leur domicile de Shi’b al-Butum, au sud d’Hébron. Palestine, 2025. © Oday Alshobaki/MSF
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Palestine : violences commises par des colons en Cisjordanie

Alors que le monde détourne le regard, des terres palestiniennes sont confisquées et des maisons sont démolies.

« Les militaires viennent souvent la nuit », raconte Sari Ahmad, originaire d’Al Fakhiet, dans la région de Masafer Yatta, en Cisjordanie (Palestine). « Les forces armées envahissent le quartier, font irruption dans nos maisons, détruisent nos biens et procèdent à des arrestations massives. Nos maisons sont saisies puis démolies. »

Sari, qui souffre de diabète, a reçu des soins des équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) jusqu’en janvier. Cependant, face à l’intensification des violences et des restrictions de circulation, nos équipes ne peuvent plus accéder aux dizaines de personnes qui ont besoin de soins dans cette région.

« Si le monde continue de détourner le regard, le rétrécissement du territoire palestinien ne s’arrêtera pas. Il se poursuivra inexorablement – poste de contrôle après poste de contrôle, route après route, maison après maison – jusqu’à ce qu’une réalité qui semblait autrefois temporaire devienne permanente. »

– Salam Yousef, membre du personnel de MSF en Cisjordanie

Alors que le monde porte son attention sur le conflit en Iran, les forces israéliennes ont intensifié leurs opérations militaires dans toute la Cisjordanie. La plupart des postes de contrôle restent fermés, ce qui signifie, pour la majorité des gens, que les activités quotidiennes normales prennent désormais encore plus de temps, voire parfois impossibles à réaliser. Ils doivent en outre faire face à un risque accru de blessure ou de mort en raison des attaques israéliennes non provoquées.

Les violences commises par les colons israéliens ont également augmenté dans plusieurs zones de la Cisjordanie. Des gens rapportent que des colons pénètrent dans les terres agricoles et les villages palestiniens en portant ouvertement des armes, et attaquent des Palestiniens et des Palestiniennes dans leurs voitures.

« Les attaques des colons sont devenues plus brutales et meurtrières », déplore Sari. « La plupart d’entre eux sont armés aujourd’hui et tirent pour tuer. »

Une équipe de MSF discute d’un appel récent rapportant des attaques commises par des colons dans la communauté de Sfey, dans le Masafer Yatta, en Cisjordanie. Palestine, 2025. © Oday Alshobaki/MSF

Les forces israéliennes intensifient leurs opérations militaires en Cisjordanie dans un contexte de conflit régional

Ces dernières semaines, l’escalade dramatique du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a fait monter d’un cran la violence et la peur dans toute la Palestine.

« Quand les sirènes retentissent, nous nous rassemblons dans le couloir de notre maison, loin des fenêtres », raconte Yasmin Mohammad, agente de santé communautaire de MSF à Hébron. « Au loin, les explosions résonnent à travers les collines tandis que les missiles intercepteurs détruisent les projectiles. »

Contrairement aux villes israéliennes, où les abris et les systèmes d’alerte sont très répandus, la plupart des personnes palestiniennes de Cisjordanie n’ont pas accès à des abris ou à des espaces protégés. Lorsque des débris tombent, les familles n’ont d’autre choix que de rester à l’intérieur et d’espérer.

« Nous avons l’impression que l’espace dans lequel nous pouvons vivre, nous déplacer et construire notre existence se rétrécit, tandis que le monde regarde ailleurs », explique Yasmin Mohammad.

Des personnes attendent devant une barrière israélienne fermée qui bloque l’accès à une route principale menant à Hébron. Palestine, 2025. © Oday Alshobaki/MSF

La violence et la peur marquent le quotidien en Cisjordanie

Entre le 7 octobre 2023 et le 7 mars 2026, 1 071 Palestiniennes et Palestiniens, dont 233 enfants, ont été tués en Cisjordanie et à Jérusalem, selon l’ONU. Onze d’entre eux ont été tués par des colons rien que cette année.

« C’est choquant et profondément troublant », déclare Salam Yousef, membre du personnel de MSF en Cisjordanie.

« Ils attaquent et tuent des gens en toute impunité. On a l’impression qu’il n’y a pas de justice pour nous, que nos vies ne comptent pas », explique Salam Yousef. « La semaine dernière, elles [les forces israéliennes] ont tiré sur une famille de six personnes qui rentrait chez elle en voiture. Seuls deux des fils ont survécu. Ils sont désormais orphelins, leur famille a été tuée sous leurs yeux. Leurs frères avaient sept et cinq ans. »

Cette violence généralisée et multiforme a bouleversé la vie des communautés palestiniennes. Le sentiment d’une menace existentielle reflète une réalité plus large qui se dessine à travers la Cisjordanie.

« Ces événements ne se limitent pas à une série d’incidents isolés », explique Salam Yousef. « C’est une transformation lente, mais significative : étape par étape, les forces israéliennes et les colons prennent le contrôle. C’est effrayant, car nous n’avons aucun contrôle, et le monde semble indifférent à notre sort. »

« Si le monde continue de détourner le regard, le rétrécissement du territoire palestinien ne s’arrêtera pas », précise Salam Yousef. « Il se poursuivra inexorablement – poste de contrôle après poste de contrôle, route après route, maison après maison – jusqu’à ce qu’une réalité qui semblait autrefois temporaire devienne permanente. »

Une maison à Khallet Al-Dabaa avant sa démolition par les forces israéliennes. Palestine, 2024. © MSF

« Nous nous sentons abandonnés et oubliés »

« Le poids psychologique de ce contexte est immense », explique Elsa Salvatore, psychothérapeute de MSF à Naplouse. « Il ne s’agit pas seulement de la violence physique liée aux attaques des colons ou à ce qui se passe aux postes de contrôle. Lors de nos séances, les gens évoquent souvent l’humiliation qu’ils subissent au quotidien et l’incertitude permanente. Ils deviennent hypervigilants, incapables de dormir, s’attendant toujours à ce qu’un malheur survienne. »

« La plupart des gens ont cessé de faire des projets », explique Elsa Salvatore. « Beaucoup souffrent de symptômes liés au trouble de stress post-traumatique (TSPT) – même si ce terme ne décrit pas correctement leur état, car il ne s’agit pas d’expériences “post-traumatiques”. Ils y sont toujours plongés, soumis sans cesse aux traumatismes et à l’incertitude. »

« L’idée que les services de MSF puissent cesser d’exister me fait peur et me désespère. »

– Une personne qui reçoit des soins en santé mentale de MSF à Naplouse

Alors que la violence, l’insécurité et les restrictions pesant sur la vie quotidienne se généralisent de plus en plus en Cisjordanie, il est essentiel que les communautés aient accès aux soins médicaux. Or, dans les faits, l’accès aux soins médicaux est bloqué ou fortement entravé.

Dans certaines régions, comme le Masafer Yatta, au sud d’Hébron, les organisations non gouvernementales (ONG) se voient empêchées d’offrir un soutien humanitaire essentiel, car une grande partie de la zone est classée zone militaire et les forces israéliennes restreignent fortement les déplacements. En conséquence, MSF a dû réduire le nombre de ses cliniques mobiles dans la région de 17 à seulement 5 depuis septembre 2025. Les gens sont privés des services médicaux les plus élémentaires.

« Nous ressentons de l’abandon et de l’oubli », déclare une personne de Masafer Yatta. « Plus personne ne vient vers nous. Quand nous tombons malades, nous n’avons d’autre choix que de marcher pendant des kilomètres. Parfois, nous restons simplement sur place et endurons la douleur. »

Une responsable du plaidoyer de MSF observe les ruines d’une maison démolie par les forces israéliennes dans le village de Kisan, en Cisjordanie. Palestine, 2025. © MSF

Des besoins accrus exigent davantage d’accès, et non moins

Les nouvelles règles restrictives imposées par Israël risquent de réduire considérablement ce soutien déjà insuffisant. MSF faisant partie des 37 ONG dont l’enregistrement n’a pas été renouvelé par les autorités israéliennes, notre personnel recruté à l’international a dû quitter la Palestine avant le 1er mars 2026. Si nos collègues en Palestine continuent, d’assurer les soins médicaux, l’avenir de nos projets en Cisjordanie et à Gaza est incertain. À Naplouse, Jénine et Tulkarem, nos activités ont également été considérablement réduites en raison à la fois de problèmes de sécurité et de nouveaux obstacles administratifs imposés depuis le 1er mars.

« L’idée que les services de MSF puissent cesser d’exister me fait peur et me désespère », confie une personne qui reçoit des soins en santé mentale à Naplouse.

Nos équipes font de leur mieux pour proposer des consultations psychosociales à distance, mais cela n’offre pas le même soutien que les soins en personne. Cela s’avère particulièrement inadapté pour les personnes ayant survécu à des violences sexuelles, les familles issues de milieux socio-économiques faibles qui font face à des obstacles en télécommunications et les individus atteints de troubles psychiatriques chroniques, tels que la psychose.

L’accès aux soins de santé est un besoin humain fondamental et un pilier de la résilience des communautés. Lorsque les systèmes de santé se fragmentent, les soins préventifs se détériorent, les maladies chroniques s’aggravent et les communautés sont exposées à des risques accrus. Face à la catastrophe humanitaire qui sévit actuellement en Palestine, MSF continuera d’offrir des soins de santé aussi longtemps que possible, en faisant tout ce qui est en son pouvoir.

Ce qui se passe aujourd’hui en Cisjordanie n’est ni inévitable ni invisible. Le droit international humanitaire est clair : en tant que puissance occupante, Israël a la responsabilité légale d’assurer la protection des personnes civiles et de faciliter l’accès aux soins médicaux essentiels. La réalité est tout autre. Les conditions de vie des Palestiniennes et des Palestiniens en Cisjordanie sont dangereuses et manifestement inhumaines. « Nous voulons simplement vivre en sécurité, élever nos enfants sans crainte et conserver notre dignité », conclut Salam Yousef.